A tout juste 32 ans, Assane Faye, sénégalais originaire de la région de Fatick, et de l’ethnie Sérère est propriétaire depuis déjà 6 ans d’une exploitation agricole de 30ha et c’est sur les terres de son grand-père Ngor Faye que le jeune partenaire de Akon Farm Mbodiene a choisi de réaliser sa révolution verte. Pour lui, aucun doute, entre changement climatique, dégradation des terres, et guerre en Ukraine, la seule clef aux défis d’hier et à ceux de demain se nomme innovation agricole. Rencontre avec l’agriculteur 3.0.
54 ÉTATS : Vous êtes certainement l’un des seuls agriculteurs dans le bassin arachidier à lâcher l’agriculture traditionnel au profit des nouvelles technologies agricoles. En quoi est-ce si important pour vous ?
Assane Faye : J’appartiens à la génération Y. Je suis né à l’ère de la digitalisation. J’évolue, je consomme et je travaille d’une manière qui n’est pas simple à cerner pour ceux des générations précédentes. Imaginez expliquer à mon père de bientôt 97 ans que l’agriculteur aujourd’hui a pour chevaux de trait des applications mobiles, des stations-météo, des drones et des robots agricoles. Mon objectif est simple : rendre l’agriculture plus efficace, plus résiliente, plus économe en ressources et même plus durable. Les technologies nous offrent des outils puissants pour y parvenir, mais elles ne peuvent être efficaces à long terme que si elles sont intégrées de manière transparente dans le travail quotidien.
Mon objectif est simple : rendre l’agriculture plus efficace, plus résiliente, plus économe en ressources et même plus durable

54 ÉTATS : Quelle est votre journée type ?
Assane Faye : Chaque matin, je consulte les prévisions météo avec à l’appui toutes les informations climatiques (vent, précipitation, températures, indice UV, pression atmosphérique et autres) pour m’assurer qu’elles n’ont pas changé pour les 10 jours qui suivent. Je consulte les informations liées à l’actualité agricole, les flux des marchés comme les tendances de prix, les cotations et autres informations de ce type. Puis, je planifie, je gère en équipe et ensemble nous suivons toutes les opérations de mon exploitation telles que l’irrigation, la fertilisation et le traitement des cultures.
54 ÉTATS : Quels profils trouvent-on à Fadza Group ?
Assane Faye : Majoritairement des femmes et des jeunes sénégalais. Ils sont ouvriers agricoles, agents techniques, chef d’opération agricole, ingénieurs agronomes, statisticiens et travaillent sur les terres environ 10 mois sur 12. Ils ont étudié en Europe et ont fait le pari de revenir offrir leur savoir au pays.
54 ÉTATS : Et pour la conduite des tracteurs ?
Assane Faye : Nous utilisons des outils faciles d’utilisation avec une prise en main en moins d’une semaine qui apportent de la sérénité dans la gestion de l’exploitation. La robotique nous permet de réduire le risque de perte de production et contribue à sécuriser les revenus de l’exploitation. Il faut rappeler que nous sommes partis de zéro. Il y a moins de 10 ans, l’exploitation agricole Fadza Group utilisait des systèmes « old-shool » d’un point de vue technique : les informations étaient retransmises des notes manuscrites.

54 ÉTATS : Que pensez-vous du projet de l’entrepreneur américano-sénégalais Akon ?
Assane Faye : Il milite pour une agriculture futuriste et innovante au Sénégal qui respectera le socle culturel, ethnique et religieux, tout en impliquant ses habitants. Je pense que l’Akon Farm Mbodiene vise à fournir un écosystème agro-financier complet qui assure la durabilité et l’amélioration sociale. Ce projet pourrait transformer les communautés et améliorer le PIB et la sécurité alimentaire. Akon Farm Mbodiene capitalise sur le potentiel des zones rurales pour l’agro-industrialisation et pour créer plus d’opportunités d’emploi pour les jeunes, les femmes, et les encourager à rester dans les petits villages des zones rurales. Il s’agit notamment de fournir aux petits villages des services de base tels que l’éducation, la santé, l’électricité et l’accès à Internet, comme cela a été développé dans son projet englobant Akon City.

