Organisé à Paris les 22 et 23 juin 2023, ce nouveau sommet convoqué par l’Élysée ambitionne d’entamer la refonte du système financier international, rendu obsolète par la multiplication des crises. Des annonces concrètes pourraient être émises, notamment sur la tenue de promesses passées et sur une taxe sur le transport maritime. C’est en tout cas le minimum pour retrouver un dialogue en confiance avec le Sud, préviennent ONG et chercheurs. Mais le risque est grand d’un nouveau sommet « pour rien ».
Annoncé par Emmanuel Macron lors de la COP27, en novembre dernier, ce sommet est issu d’une rencontre avec Mia Mottley, la Première ministre de la Barbade, dans les Caraïbes. La charismatique dirigeante de cette micro-nation travaille depuis plusieurs années à un projet ambitieux, tiré de l’expérience vécue par l’île : l’accès des pays vulnérables aux ressources financières pour répondre au réchauffement climatique. Un défi qui emporte tous les autres mais intenable dans le cercle vicieux de l’endettement. « 93 % des pays les plus vulnérables aux catastrophes climatiques sont en situation de surendettement, ou pas loin de l’être, selon l’ONG Oxfam. Les pays en crise (…) ne peuvent par exemple plus investir dans les services publics ou la lutte contre les dérèglements climatiques. »
Banques de développement : dépenser plus et mieux
C’est donc au niveau de la dette que l’initiative de Bridgetown converge vers un autre agenda, véritable serpent de mer qui rampe depuis des décennies : la réforme des institutions de Bretton Woods, à savoir la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, fondées en 1944. Censées garantir la stabilité macro-économique, elles ne sont plus en phase avec la réalité et les nécessités planétaires du nouveau siècle.
Or, derrière ces deux institutions, c’est toute la galaxie de banques publiques de développement, multilatérales, nationales, régionales, bilatérales etc. (Banque africaine, inter-américaine…) qui doivent changer de visage. « Ces banques s’intéressent aujourd’hui au financement de projets précis – une éolienne par-ci, une centrale photovoltaïque par-là -, sans avoir de vision d’ensemble sur une transformation globale qu’il faudra faire dans les pays en développement en quelques décennies », explique Benoît Leguet, directeur de l’Institut de l’économie pour le climat. Désormais, elles sont appelées à aider les États à développer et financer un cadre assez incitatif et protecteur pour le secteur privé (fonds de pension surtout mais aussi banques privées, grandes entreprises…) afin qu’il engage davantage de fonds dans les projets de la lutte contre le changement climatique. « Passer, résume l’économiste, d’une logique de volume – j’ai fait tant de projets pour le climat – à une logique d’impact – j’ai réussi à déverrouiller un cadre qui permet au privé d’apporter ses capitaux. »
Dépenser mieux donc. Dépenser plus aussi, en recapitalisant ces banques de développement, plaident ONG, mais aussi économistes et chercheurs. Les rapports évaluant des besoins à neuf zéros se succèdent « Il s’agit de multiplier par cinq la capacité d’intervention du système Banque mondiale et banques de développement, et cela en deux à trois ans, analyse Sébastien Treyer, directeur de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Ce sont des réformes massives, pas faciles à décider. Cela dit toute la tension très forte qu’il y a entre montrer des volontés politiques sur ce sujet et la difficulté à atteindre des résultats concrets dans un temps relativement court. »
Un sommet politique pour rétablir la confiance Nord-Sud
Dette, réformes des banques, secteur privé mais aussi création de nouvelles sources de revenus sont les quatre les piliers de ce sommet d’une journée et demi et dont l’objectif visé, selon les termes de l’Élysée le 16 juin, à « débloquer des conversations » pour « créer un élan politique », voire de « refonder Bretton Woods ». Vendredi, promet la présidence, « il va y avoir un récapitulatif de tous les engagements qui auront été pris » et la publication d’une feuille de route en vue des prochaines échéances 2023, notamment le G20 en Inde et la COP28 à Dubaï. « Ce sommet, qui répond à un besoin, est indispensable mais aussi extrêmement risqué, analyse Sébastien Treyer. Parce qu’à part une affirmation politique très importante, que peut-il produire d’autre ? Il faudra des avancées concrètes. »
En toile de fond, ce mini-sommet, qui se veut grand, promet de « bâtir un nouveau contrat entre le Nord et le Sud », selon les termes de Catherine Colonna, ministre française des Affaires étrangères. « Quand on a affiché un objectif aussi ambitieux, il faut être à la hauteur des attentes », tance Cécile Duflot, directrice d’Oxfam et ancienne ministre. Or, poursuit-elle, « les réformes qui sont sur la table sont essentiellement techniques et surtout à ressources constantes, donc pas à la hauteur du problème ». « Le Covid a accru les inégalités, a fait reculer la lutte contre la pauvreté, parfois de 30 ans en Afrique subsaharienne » mais pendant ce temps, rappelle-t-elle, « les pays riches ont réussi à mobiliser 28 000 milliards de leur réponse au Covid uniquement en 2020 ». Un culot qui finit par se voir dans l’autre hémisphère. Sébastien Treyer abonde :
« On trouve des solutions économiques incroyables pour l’Ukraine, mais quand les pays d’Afrique comme le Ghana ou la Zambie qui sont des exemples de processus démocratiques dans le continent africain et qui avaient une trajectoire de décollage économique extrêmement intéressante, se trouvent dans un risque de dette massive, on leur demande d’attendre six mois, dix-huit mois pour leur trouver une solution. C’est la coopération internationale qui risque le déraillement, entre le Nord et le Sud et en particulier entre l’Ouest et le Sud. »


