Magaajyia Silberfield est comédienne et réalisatrice. Elle est la fille de l’écrivain et journaliste franco- polonais Antoine Silber et de la réalisatrice nigérienne Rahmatou Keïta. D’origine sahélienne, peuhl, sonrhay et mandingue, sa grande tante était l’épouse du sultan de Zinder. À 26 ans, Magaajyia est la descendante d’une lignée riche d’Histoire. Déterminée, sérieuse, loyale, on dit que cette figure montante du cinéma s’investit à 100% dans ses projets. Portrait.
Elle ne lâche rien ! C’est là son plus grand défaut et sa plus belle qualité.
“Aujourd’hui, ce que j’aimerais, c’est que les couleurs de peau soient un détail, et non la raison fondamentale pour laquelle on choisit un acteur. » Une affirmation qui en dit long sur son état d’esprit. Magaajyia Silberfield a co-signé en 2018, aux Éditions du Seuil, un essai collectif, “Noire n’est pas mon métier” avec 15 autres collaboratrices de l’ouvrage. Une manière de dire “stop” au racisme dans le monde du cinéma en France et de réveiller les consciences.
En avril 2021, elle affirme lors d’une interview à Dièses.fr, “En tant que comédien, on est plus qu’une couleur. Or, il y a beaucoup de castings que je ne décroche pas parce que les rôles principaux féminins sont plutôt prévus pour les femmes blanches. Et lorsque les rôles principaux
sont noirs ou métisses, c’est forcément parce que l’histoire vient rencontrer les questions de race, et parler de racisme ou de discrimination. Cela ne peut pas être, simplement, une histoire avec des gens non blancs : la couleur doit toujours être au centre du récit. Et cela me pose problème.” Alors, quand c’est elle qui fait passer le casting aux acteurs, elle tente de se mettre à la place du spectateur pour se demander comment cela impacte l’histoire et en quoi la perception de l’histoire évolue selon la couleur des personnages.
Le monde du cinéma, elle a su qu’elle en ferait parti très tôt. Elle a commencé le théâtre à 11 ans. Puis, elle a repris l’improvisation en hypokhâgne et elle a suivi plusieurs formations aux États-Unis (Lee Strasberg Institute, Playhouse West Repertory Theater, Susan Batson Studios).
Pour autant, dans les scènes du quotidien, celles de la vie, Magaajyia reste convaincue que “ce n’est pas que la couleur de peau qui détermine ce qui va nous arriver, mais aussi la manière dont on entre dans une pièce” et elle illustre sa pensée en citant fréquemment « Diamond » Doris Payne, une des plus célèbres et prolifiques voleuses de diamants du XXe siècle.
Et sur la question de l’évolution des droits des femmes ?
Égalité salariale, accès à l’emploi, parité en politique, IVG… L’évolution des droits des femmes en France depuis 1791 puisque que c’est son pays et que la globe-trotteuse y réside une grande partie de l’année quand elle n’est pas à Los-Angeles où elle a vécu 3 ans ou ailleurs dans le monde. Ce n’est ni une journée, ni un mois dédiée aux femmes dont nous aurions besoin, mais plutôt des années et des siècles” affirmait-elle dans un interview sur Trace avant d’ajouter : “Je suis assez fière de vivre à une époque où les langues se délient. Je pense qu’il y a 50 ans, ou même il y a 10-20 ans, on ne pouvait pas s’exprimer de la même manière. Aujourd’hui, des plateformes existent pour dénoncer les abus et les maltraitances. Il faut donc dénoncer toutes les formes de violence, jusqu’au bout ! »
Et l’Afrique ?
“Non, en Afrique, tout le monde ne meurt pas de faim contrairement à ce qu’on croit en Occident.”
Magaajyia a l’amour des peuples qui coule en elle. Un esprit d’ouverture et d’acceptation de l’autre nourrit par ses nombreux voyages. “Je suis née à Paris et j’ai vécu en France jusqu’à mes dix-huit ans. Déjà petite mes parents me faisaient voyager un peu partout, en Grèce, au Niger, au Mali. De plus, ma mère qui est journaliste, m’emmenait avec elle dans ses voyages dès qu’elle le pouvait pour son travail. Du coup j’ai
toujours aimé m’évader. Je me souviens, j’avais 12 ans lorsque j’ai commencé à voyager seule. J’allais voir ma famille à Washington puis mes amis à Londres, à Amsterdam, à Madrid.”
Cet esprit de globe-trotteuse, Magaajyia le doit aussi à sa mère, Rahmatou Keïta qui lui a d’ailleurs offert son premier rôle principal dans son film, The Wedding Ring. Elle a accepté d’y jouer car plus qu’une simple histoire d’amour, ce fut un prétexte pour découvrir des cultures précieuses ainsi que la beauté et la richesse de l’Afrique. Maajyia Silberfeld précise que si le film a mis neuf ans à trouver son financement, “c’est surtout parce qu’il n’est pas dans le cliché. Non, en Afrique, tout le monde ne meurt pas de faim contrairement à ce qu’on croit en Occident”.
C’est la première fois dans l’histoire du cinéma africain qu’un film de cette envergure est entièrement financé par des fonds africains. The Wedding Ring a fait sa première mondiale en septembre 2018, au TIFF « Toronto International Film Festival » puis sa première européenne au « LFF » London Film Festival.
Ses courts métrages
Magaajyia SILBERFERLD a réalisé 4 courts-métrages dont les deux derniers, Vagabonds, produit par Borst Bros (2017) et Terma (2021) co- réalisé avec Elias Borst. En 2021, elle réalise 2 clips : Requin Chagrin – Bye Bye Baby où elle intervient en tant qu’actrice et Pearl & the Oysters – “ELECTRONIC BOOGALOO” en qualité d’actrice, scénariste et productrice.

