« Lomé est aujourd’hui un port refuge pour bon nombre de navires »
Le Togo, par sa zone économique exclusive à fort potentiel, ses 50 kilomètres de côte, le positionnement stratégique de son port et le dynamisme des entreprises intervenant dans le domaine de la mer, est destiné à devenir un pays modèle dans l’économie maritime et la croissance bleue. Rencontre avec Kokou Edem Tengue, ministre de l’Économie maritime, de la Pêche et de la Protection côtière.
54 ÉTATS : Le port de Lomé demeure le plus grand port à conteneurs de l’Afrique subsaharienne ; le pays en tire-t-il des recettes fiscales importantes ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Merci pour l’opportunité que vous m’offrez de parler du secteur maritime de notre pays le Togo.
Effectivement, notre pays se positionne aujourd’hui comme une référence en matière de volume de conteneur traite par an.
Pratiquement 2 millions de conteneurs transitent chaque année par le port de Lomé
Ce port a conteneur qui est le premier en Afrique subsaharienne est considéré à juste titre comme étant le poumon de l’économie du pays. Il permet non seulement des échanges avec le reste du monde mais la direction de l’office Togolais des recettes qui y est loge est celle qui collecte le plus de ressources fiscales dans tout le pays. Le pays en tire donc des recettes fiscales substantielles.
54 ÉTATS : Les bateaux sont régulièrement en file indienne sur la côte togolaise. Comment arrivent-ils à reconnaitre les limites avec le Ghana ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Les deux pays partagent une histoire commune, ce sont des pays frères et le plus souvent les Hommes sont les mêmes (cultures, dialectes, religions) de part et d’autre de la frontière terrestre. Ils partagent également une frontière maritime qui sous la très haute impulsion de leurs Excellences Faure Gnassingbé et Nana Akufo-Addo fait l’objet de discussions pour une délimitation consensuelle et non juridictionnelle. Mais il y a aussi une histoire, celle de la délimitation de la zone de mouillage de Lomé pendant la colonisation Allemande et bien avant 1917 qui permet d’avoir des repères en matière de limites en attendant une issue, nous l’espérons, heureuse des négociations en cours.
54 ÉTATS : La piraterie en haute mer est la cause de pertes financières estimées à plusieurs milliards USD par an. Sans surprise, la lutte contre la piraterie maritime est l’une de vos nombreuses missions, comment rassurez-vous les armateurs pour qu’ils continuent à choisir votre port ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Le Togo a gagné sa lutte contre la piraterie maritime grâce à l’implication personnelle de son Excellence le Président Faure Essozimna Gnassingbé. J’en veux pour preuve le dernier rapport des nations unies qui ne signale aucun incident dans les eaux territoriales Togolaises. Cependant, nous ne devons pas dormir sur nos lauriers, c’est pour cela que dans le cadre du mécanisme de Yaoundé, nous coopérons avec les autres États de la région pour une approche régionale avec notre participation aux activités des centres de coordination régionaux de sécurité maritime. Même si le phénomène n’a pas totalement disparu des eaux du golfe de Guinée, on en parle de moins en moins et cela rassure les armateurs à venir au port de Lomé.
Lomé est aujourd’hui un port refuge pour bon nombre de navires
Sur le plan législatif et réglementaire, le Togo a également pris de l’avance avec la loi de 2016 sur la lutte contre la piraterie et les actes illicites en mer qui donne une compétence universelle aux tribunaux Togolais en matière de crime de piraterie en mer. Ce qui justifie d’ailleurs que le 5 juillet 2021 le tribunal de Lomé a jugé et a condamné des pirates de nationalité nigériane.
54 ÉTATS : Le Togo est un pays éco-responsable qui prône l’économie bleue. En pratique, comment réconciliez-vous économie et écologie ?
Ministre Kokou Edem Tengue : L’ambition de notre pays est de développer une économie maritime respectueuse de l’environnement. Plusieurs de nos initiatives vont dans ce sens. La première est que nous nous sommes doté d’un plan de promotion de l’économie bleue qui prend en compte les aspects sociaux économiques mais aussi les aspects environnementaux. Le Port Autonome de Lomé, principal instrument de la promotion de l’économie bleue s’est doté d’un plan environnemental afin de faire évoluer ses pratiques et surtout de contribuer à promouvoir une navigation verte. La lutte pour la biodiversité avec la protection des tortues marines, des mangroves et autres écosystèmes nécessaires à la bonne santé des océans.
54 ÉTATS : Comment comptez-vous parvenir à la réduction des risques climatiques majeurs qui ont pour conséquence la dégradation de votre environnement côtier ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Nous pensons que pour cela l’action ne peut être que mondiale et notre pays a participé à toutes les grandes messes sur la question. Mais il faut que les États ouest Africains ou Africains en général se réunissent pour définir des normes de construction des infrastructures maritimes afin d’éviter la situation qui nous a conduit au projet West Africa Coastal Area (WACA) puisque des infrastructures maritimes qui ne respectent pas les normes peuvent causer des dégâts en matière d’érosion côtière dans un pays voisin. Il faut définir des normes sous régionales voir régionales, c’est la seule voie de salut viable pour les côtes ouest africaines.
54 ÉTATS : Croyez-vous à la politique du zéro déchet ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Je pense que l’humanité doit questionner ces modes de production et de consommation. Il serait difficile de mettre en œuvre une politique de zéro déchet sans se questionnement.
54 ÉTATS : Excepté le Japon qui vous a fait don d’un nouveau port de pêche, avec quels autres pays développez-vous une coopération dans le domaine de l’économie maritime et sur quels critères ?
Ministre Kokou Edem Tengue : Nous coopérons avec les États voisins dans le cadre du Comité des pêches de l’Afrique de l’ouest et du centre (CPCO) ; dans ce cadre nous travaillons afin de parvenir à des politiques communes comme les repos biologiques, les patrouilles mixtes pour lutter contre la pêche illégale etc… le CPCO bénéficie du soutien de la coopération avec l’Union européenne et de la coopération Norvégienne.
Nous sommes ouverts à tous les partenaires dont les actions, projets et programmes s’inscrivent dans la feuille de route du gouvernement

