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Protoxyde d’azote : avec « Juste un ballon », ROST alerte sur les dangers pour les jeunes

À travers le court-métrage « Juste un ballon », ROST et ses partenaires alertent sur les conséquences parfois irréversibles du protoxyde d’azote et appellent à renforcer la prévention dès le plus jeune âge.

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

À Saint-Ouen-sur-Seine, la Région Île-de-France a accueilli, lundi 28 septembre, la présentation de « Juste un ballon », un court-métrage de sensibilisation réalisé par ROST et Maël Bilal. Soutenue par la Région, cette initiative s’inscrit dans une mobilisation plus large des acteurs de santé publique contre l’usage détourné du protoxyde d’azote, dont les conséquences peuvent aller jusqu’à de lourdes atteintes neurologiques, une perte de la capacité à marcher, des troubles urinaires ou encore des dysfonctions sexuelles.

Un ballon, quelques secondes d’euphorie et, en apparence, un geste presque anodin. C’est précisément cette banalisation que « Juste un ballon » cherche à déconstruire.

Présenté le 28 septembre au siège de la Région Île-de-France, à Saint-Ouen-sur-Seine, le court-métrage réalisé par ROST, artiste, réalisateur et fondateur de l’association Banlieues Actives, avec Maël Bilal, replace le protoxyde d’azote dans sa réalité : celle d’un produit dont l’usage récréatif peut entraîner des conséquences sanitaires graves.

La soirée a été introduite par Farida Adlani, vice-présidente de la Région Île-de-France chargée des Solidarités, de la Santé et de la Famille, aux côtés de ROST. Une table ronde réunissant professionnels de santé, acteurs de terrain et spécialistes de la prévention a ensuite permis d’aborder les usages du protoxyde d’azote, ses conséquences sanitaires, mais aussi les risques liés à la conduite après consommation.

Quand le cinéma devient un outil de prévention

Avec Juste un ballon, ROST fait le choix de la fiction pour parler directement aux jeunes et donner un visage à un danger qui reste encore trop souvent sous-estimé.

L’objectif est clair : sortir du discours institutionnel classique pour utiliser des codes, des situations et un langage susceptibles de toucher un public jeune, parfois peu réceptif aux campagnes traditionnelles de prévention.

Car le protoxyde d’azote continue de bénéficier d’une image trompeusement inoffensive.

Utilisé légalement notamment dans les secteurs médical et alimentaire, le N₂O est détourné à des fins récréatives pour ses effets très rapides : euphorie, désinhibition, rires ou modification des perceptions. Il est généralement transféré dans un ballon avant d’être inhalé.

La facilité d’accès au produit, la brièveté de ses effets et sa présence dans les pratiques festives participent à sa banalisation. Pourtant, les données sanitaires montrent une réalité autrement plus préoccupante.

Un usage particulièrement présent chez les jeunes

Selon Santé publique France, 14 % des 18-24 ans avaient déjà expérimenté le protoxyde d’azote en 2022 et plus de 3 % déclaraient en avoir consommé dans l’année. En 2023, les centres d’addictovigilance ont enregistré 472 signalements liés au protoxyde d’azote, soit une hausse de 30 % en un an. Le nombre de signalements a été multiplié par trois entre 2020 et 2023 et plus de 80 % des cas recensés comportaient des troubles neurologiques.

Dans l’assemblée, Mamadou Timera, consultant notamment spécialisé dans la prévention de la délinquance et des violences scolaires et engagé dans le milieu associatif, insiste sur la nécessité d’intervenir très tôt dans les collèges et dans les lycées. Selon lui, les premières consommations peuvent apparaître dès 11 ou 12 ans.

Une réalité qui pose la question du moment auquel doit commencer la prévention : attendre l’adolescence avancée peut déjà être trop tard pour certains jeunes.

Des séquelles qui peuvent aller jusqu’au handicap

Derrière l’appellation presque légère de « gaz hilarant », les conséquences peuvent être extrêmement sérieuses.

À court terme, l’inhalation de protoxyde d’azote peut provoquer vertiges, désorientation, perte de connaissance, chute, asphyxie ou encore brûlures liées au froid du gaz.

Mais lorsque les consommations deviennent importantes, répétées ou rapprochées, les atteintes peuvent changer durablement la vie d’un consommateur. Santé publique France recense notamment des engourdissements, des faiblesses musculaires, des pertes de sensibilité, des troubles de la coordination et de la marche pouvant aller jusqu’à la perte de la capacité à marcher, ainsi que des difficultés à contrôler la vessie pouvant conduire à l’incontinence. Certaines complications neurologiques peuvent être sévères et parfois irréversibles.

Autrement dit, derrière quelques secondes d’euphorie peut se profiler un risque de handicap moteur, avec parfois des mois de soins et de rééducation.

ROST rapporte ainsi le témoignage de plusieurs parents désemparés face à la dégradation de l’état de santé de leurs enfants devenus majeurs, et donc plus difficiles à encadrer, et difficile à placer sous tutelle.

Il décrit sans détour certaines situations extrêmes : « ils se font pipi dessus », raconte-t-il, avant d’évoquer les atteintes neurologiques observées chez certains consommateurs : « les nerfs lâchent, le cerveau ne suit plus ».

La formulation est brutale. Mais elle traduit une réalité médicale documentée : dans certains cas de myéloneuropathie provoquée par un usage important de protoxyde d’azote, les fonctions urinaires, intestinales et sexuelles peuvent elles aussi être atteintes.

Des troubles de l’érection également observés

C’est l’un des risques beaucoup moins connus des jeunes consommateurs : le protoxyde d’azote peut aussi être associé à des dysfonctions érectiles lorsque les atteintes neurologiques deviennent sévères.

Une étude clinique menée sur 119 patients souffrant d’une myéloneuropathie associée à la consommation de protoxyde d’azote a notamment recensé des troubles urinaires chez 18 % des patients, des troubles intestinaux chez 15 % et des dysfonctions érectiles chez sept patients. Les chercheurs estiment d’ailleurs que les troubles sexuels pourraient être sous-déclarés.

Il ne s’agit donc pas d’affirmer que toute consommation provoque une impuissance, mais de rappeler que lorsque le système nerveux est sévèrement atteint, les conséquences peuvent aussi toucher la continence et la fonction sexuelle.

Cette réalité participe précisément au message porté par Juste un ballon : permettre aux jeunes de comprendre concrètement ce qu’ils risquent, au-delà de termes médicaux parfois abstraits.

La prévention comme réponse collective

La mobilisation dépasse le seul court-métrage.

L’Agence régionale de santé Île-de-France mène déjà des actions de prévention autour du protoxyde d’azote. La Région et l’Association des maires d’Île-de-France relaient notamment la campagne de l’ARS « Le proto, c’est trop risqué d’en rire », destinée aux jeunes. En juin 2026, la Région, l’ARS Île-de-France et l’Association des maires d’Île-de-France ont également publié ensemble un guide destiné à aider les maires à mieux prévenir et combattre le phénomène.

La Région s’appuie par ailleurs sur Banlieues Actives pour sensibiliser les jeunes franciliens. Le projet soutenu en 2025 prévoit notamment un clip de prévention, des débats avec des professionnels de santé, des quiz interactifs et la diffusion de kits d’information auprès des jeunes et des adultes qui les encadrent.

Cette politique est portée au sein de l’exécutif régional présidé par Valérie Pécresse, avec Farida Adlani en charge des Solidarités, de la Santé et de la Famille.

Avec Juste un ballon, cette mobilisation prend une dimension supplémentaire : celle de la culture, de l’image et de la fiction comme instruments de santé publique.

Pour ROST, habitué à travailler au contact des quartiers et de la jeunesse à travers Banlieues Actives, le défi consiste précisément à faire parvenir le message là où les campagnes sanitaires traditionnelles ne suffisent pas toujours.

Le titre du film résume à lui seul le combat contre cette banalisation : ce n’est pas « juste un ballon ».

Derrière un geste perçu comme festif peuvent se cacher des atteintes neurologiques sévères, une perte d’autonomie, l’impossibilité de marcher normalement, des problèmes d’incontinence ou encore des troubles de la fonction sexuelle.

L’enjeu de cette campagne n’est donc pas de culpabiliser les jeunes, mais de leur permettre de mesurer le risque avant la première consommation ou avant qu’un usage occasionnel ne devienne répétitif.

Car quelques secondes d’euphorie peuvent, dans les cas les plus graves, déboucher sur des mois de soins, de rééducation et des séquelles durables.

Ce n’est décidément pas « juste un ballon ».

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