Plus d’un mois après l’arrivée massive de dizaines de milliers de migrants depuis le Maroc, Ceuta peine à retrouver son calme. Si la grande majorité des personnes entrées dans l’enclave espagnole à la fin du mois de juillet ont depuis quitté le territoire, plusieurs milliers y restent encore. Entre manifestations d’habitants, accusations de xénophobie, hébergements d’urgence et procédures de retour, le gouvernement de Pedro Sánchez tente désormais d’éviter que la crise migratoire ne se transforme durablement en crise politique et sociale.
Ceuta reste sous forte tension. À la fin du mois de juillet, plus de 70 000 personnes avaient franchi en quelques jours la frontière séparant le Maroc de cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, provoquant une situation sans précédent pour ce territoire d’environ 80 000 habitants. Madrid affirmait dès le début du mois d’août que la très grande majorité des personnes entrées avaient déjà regagné le Maroc.
Mais plusieurs semaines après cette arrivée massive, la crise n’est pas terminée. Plusieurs milliers de migrants demeurent encore à Ceuta, certains hébergés dans des structures temporaires, d’autres ayant vécu pendant plusieurs semaines dans les rues, sur les plages ou dans des espaces publics.
Leur présence nourrit un climat de plus en plus tendu dans la ville. Des habitants réclament un retour rapide à la normale et dénoncent les conséquences de cette situation exceptionnelle sur leur quotidien. Plusieurs manifestations ont eu lieu ces dernières semaines, tandis que des incidents et des confrontations ont également été signalés. Début septembre, des milliers de personnes avaient déjà manifesté contre la gestion de la crise par Madrid.
Madrid accélère les retours vers le Maroc
Face à la pression, le gouvernement espagnol cherche désormais à réduire progressivement le nombre de personnes encore présentes dans l’enclave.
Le ministre espagnol de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, chargé de coordonner la réponse gouvernementale, a annoncé dimanche 13 septembre que 5 321 personnes avaient regagné volontairement le Maroc depuis le 10 août. Près d’une centaine auraient par ailleurs renoncé à leur demande de protection internationale, tandis qu’environ un millier de dossiers supplémentaires seraient en cours de traitement en vue d’un possible retour.
La gestion administrative constitue l’un des principaux défis pour Madrid. Chaque situation doit être examinée individuellement : identité, nationalité, éventuelle demande d’asile ou situation de vulnérabilité doivent notamment être vérifiées avant qu’un retour puisse être organisé.
La question des mineurs non accompagnés est particulièrement sensible. Leur prise en charge obéit à des règles spécifiques et leur éloignement ne peut être décidé sans garanties concernant leur situation et les conditions dans lesquelles ils pourraient être accueillis dans leur pays d’origine. Pedro Sánchez a lui-même défendu cette approche, insistant sur la nécessité pour l’Espagne d’agir dans le respect du droit malgré l’urgence.
Un nouveau centre pour sortir les migrants de la rue
Dimanche, 864 migrants qui dormaient encore dans les rues de Ceuta ont été transférés vers une nouvelle structure d’accueil, dans le cadre du dispositif progressivement mis en place par les autorités espagnoles.
L’objectif de Madrid est double : améliorer les conditions d’hébergement et surtout regrouper les personnes concernées afin d’accélérer leur identification et le traitement de leurs dossiers.
Depuis le début de la crise, le gouvernement espagnol a augmenté en urgence les capacités d’accueil de l’enclave. Au moment des arrivées des 30 et 31 juillet, le centre temporaire de Ceuta ne disposait que de quelques centaines de places. Plusieurs milliers de places supplémentaires ont depuis été aménagées.
Mais l’ouverture de nouveaux centres provoque elle aussi des résistances. Certains habitants contestent leur implantation à proximité des zones résidentielles et des établissements scolaires, estimant que Madrid fait peser sur Ceuta une charge disproportionnée.
Entre inquiétude des habitants et actes xénophobes
La crise révèle également une fracture de plus en plus visible au sein de la ville.
Une partie de la population affirme ne plus supporter une situation qui dure depuis plus d’un mois et exprime des inquiétudes concernant la sécurité, l’occupation des espaces publics et la capacité d’une petite ville comme Ceuta à absorber plusieurs milliers de personnes supplémentaires.
Mais cette colère s’accompagne aussi de dérives. Des organisations et des migrants ont dénoncé des agressions ainsi que des comportements xénophobes et islamophobes. Des contre-mobilisations ont également été organisées pour défendre les droits des migrants et appeler au calme.
Pour les migrants encore présents, l’incertitude demeure totale : certains espèrent obtenir une protection en Espagne ou rejoindre le continent européen ; d’autres pourraient être amenés à retourner au Maroc dans les prochaines semaines.
Une crise qui dépasse Ceuta
Au-delà de l’urgence humanitaire, l’épisode de Ceuta est devenu un sujet politique majeur en Espagne.
Le gouvernement de Pedro Sánchez est accusé par ses adversaires d’avoir sous-estimé la menace et réagi trop tardivement à l’arrivée massive de migrants. La polémique s’est encore renforcée après la publication d’informations montrant que les services espagnols disposaient de signaux concernant des appels à franchir la frontière avant les événements de la fin juillet.
La crise touche également aux relations particulièrement sensibles entre Madrid et Rabat. Certains responsables politiques espagnols ont mis en cause l’attitude des autorités marocaines au moment des passages massifs. Le Maroc rejette ces accusations et assure ne pas être à l’origine de la crise.
Ceuta se retrouve ainsi une nouvelle fois au cœur d’une problématique beaucoup plus large : celle des routes migratoires entre l’Afrique et l’Europe, de la coopération entre le Maroc et l’Espagne et de la capacité de l’Union européenne à gérer ses frontières méridionales.
Pour Madrid, l’urgence est désormais de faire baisser la tension avant qu’elle ne s’installe durablement. Pour les habitants comme pour les migrants encore présents, le retour à la normale reste toutefois suspendu à une question centrale : combien de temps faudra-t-il encore pour régler les milliers de situations individuelles héritées de la crise de juillet ?



