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samedi, octobre 17, 2026

« “Grand remplacement” : Fodé Sylla accuse Aurore Bergé de franchir une ligne rouge »

Dans une tribune publiée par Mediapart, l’ancien président de SOS Racisme et ex-député européen dénonce la banalisation du « grand remplacement » et interpelle directement Aurore Bergé sur sa responsabilité politique.

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

L’ancien président de SOS Racisme et ex-député européen Fodé Sylla a vivement interpellé la ministre française chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, après ses déclarations sur CNews concernant la théorie dite du « grand remplacement ». Dans une tribune publiée ce samedi 12 septembre par Mediapart, le Franco-Sénégalais dénonce ce qu’il considère comme une banalisation dangereuse des discours identitaires et xénophobes en France.

Figure historique de la lutte contre le racisme en France, Fodé Sylla hausse le ton.

Ancien président de SOS Racisme de 1992 à 1999, ancien député européen et diplomate, le Franco-Sénégalais a choisi d’interpeller directement Aurore Bergé, ministre française chargée notamment de la lutte contre les discriminations, après les propos tenus par celle-ci sur CNews les 9 et 10 septembre.

Au cœur de la polémique : la théorie du « grand remplacement », expression popularisée dans les milieux identitaires et d’extrême droite, selon laquelle les populations européennes seraient progressivement remplacées par des populations issues notamment de l’immigration africaine et musulmane.

Dans sa tribune publiée par Mediapart, Fodé Sylla reproche à la ministre d’avoir refusé de qualifier explicitement cette théorie de raciste et xénophobe, en la replaçant dans le cadre du débat politique sur l’immigration et de la liberté d’expression.

Pour l’ancien président de SOS Racisme, cette position constitue une ligne rouge.

« Vous avez franchi un point de non-retour », écrit-il à l’adresse de la ministre.

« Votre rôle est d’opposer la loi de la République aux dérives identitaires »

Fodé Sylla insiste notamment sur la responsabilité particulière d’Aurore Bergé au regard de ses fonctions gouvernementales.

Selon lui, une ministre chargée de la lutte contre les discriminations doit combattre sans ambiguïté les discours susceptibles d’alimenter la stigmatisation de certaines populations.

Il lui reproche ainsi de contribuer, par son positionnement, à donner une forme de légitimité politique à des concepts longtemps cantonnés aux mouvements identitaires les plus radicaux.

Pour appuyer son propos, l’ancien député européen convoque l’Histoire française, évoquant notamment le régime de Vichy, la Résistance, le général de Gaulle, le groupe Manouchian ou encore Joséphine Baker.

Il rappelle également le rôle joué par les soldats issus des anciennes colonies françaises, en particulier les tirailleurs sénégalais, dans les combats menés pour la France.

La question de l’immigration au cœur de la bataille politique française

Au-delà de la seule personnalité d’Aurore Bergé, Fodé Sylla estime que l’épisode révèle une évolution beaucoup plus profonde du débat politique français.

Depuis plusieurs années, les questions liées à l’immigration, à l’identité, à l’islam et à la sécurité occupent une place croissante dans le débat public. Des concepts auparavant associés à l’extrême droite sont désormais discutés jusque dans les rangs de la droite traditionnelle et d’une partie du centre.

Pour Fodé Sylla, la France se trouve aujourd’hui devant un choix politique majeur : accepter progressivement la normalisation des thèses identitaires ou réaffirmer avec force les principes républicains d’égalité et de non-discrimination.

Il oppose ainsi deux visions de la France : celle qu’il associe à l’héritage républicain de Charles de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac, et celle incarnée, selon lui, par des personnalités comme Éric Zemmour et Bruno Retailleau.

Fodé Sylla appelle Aurore Bergé à « se ressaisir »

Dans les dernières lignes de sa tribune, Fodé Sylla adresse un avertissement particulièrement sévère à la ministre :

« J’ose espérer, pour l’honneur de votre ministère, que la vôtre se ressaisira. »

Il conclut sa lettre par une formule lourde de sens, exprimant sa « considération attristée et vigilante ».

Cette sortie de Fodé Sylla intervient alors que le débat français sur l’immigration et l’identité nationale s’intensifie, dans un paysage politique où les frontières idéologiques entre droite républicaine et extrême droite font l’objet de tensions croissantes.

Pour l’ancien dirigeant de SOS Racisme, l’enjeu dépasse désormais une polémique télévisée : il s’agit de savoir quelles limites la République française entend encore fixer à la banalisation des discours identitaires.

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