Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, la Norvège et les Pays-Bas demandent aux Forces de soutien rapide de mettre immédiatement fin à leur offensive contre la capitale du Kordofan du Nord. La communauté internationale redoute une nouvelle catastrophe humanitaire.
La pression diplomatique s’intensifie autour du conflit soudanais. Dans un communiqué conjoint publié le 23 juin, sept pays européens ont exhorté les Forces de soutien rapide (FSR) à cesser immédiatement leurs opérations militaires contre El-Obeid, capitale stratégique de l’État du Kordofan du Nord, actuellement sous contrôle de l’armée soudanaise.
Cette prise de position intervient alors que les observateurs internationaux signalent une concentration inhabituelle de combattants et d’équipements militaires autour de la ville depuis près de deux semaines. Selon les signataires du communiqué, « des signes crédibles d’une offensive imminente » laissent craindre une escalade majeure du conflit.
El-Obeid, nouveau front décisif de la guerre
Après plus de trois ans de guerre entre l’armée soudanaise du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », El-Obeid est devenue l’un des enjeux militaires les plus sensibles du pays.
Carrefour stratégique reliant le centre du Soudan au Darfour, la ville constitue aujourd’hui l’une des dernières grandes places fortes contrôlées par l’armée dans cette partie du territoire.
Depuis plusieurs semaines, les FSR multiplient les attaques par drones contre les infrastructures vitales de la cité. Les frappes ont notamment visé les installations électriques, les stations de pompage d’eau ainsi que plusieurs centres médicaux, aggravant une situation humanitaire déjà critique.
Une catastrophe humanitaire en cours
Selon les autorités locales et les organisations humanitaires, El-Obeid fait face à des pénuries croissantes de carburant, d’eau potable et de denrées alimentaires.
Les sept pays européens dénoncent des attaques qui touchent directement les populations civiles et demandent l’ouverture immédiate de couloirs humanitaires sécurisés.
« Les civils doivent pouvoir quitter les lieux en toute sécurité et toutes les parties doivent garantir un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave », souligne le communiqué.
La situation est particulièrement préoccupante dans les camps accueillant les personnes déplacées par le conflit. D’après le Réseau des médecins soudanais, une attaque menée lundi contre un camp de réfugiés a fait au moins deux morts et une dizaine de blessés, parmi lesquels plusieurs enfants.
Le spectre d’un nouveau drame comme à El-Fasher
Les chancelleries occidentales redoutent que le scénario observé à El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, ne se reproduise à El-Obeid.
Depuis plusieurs mois, El-Fasher est le théâtre d’affrontements meurtriers, de bombardements répétés et d’un siège qui a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires du conflit soudanais.
Les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine et les Nations unies avaient déjà exprimé, lundi, leur « vive inquiétude » face à la détérioration rapide de la situation dans le Kordofan du Nord.
Une menace pour l’unité du Soudan
Au-delà de l’enjeu militaire, plusieurs responsables politiques soudanais considèrent qu’une chute d’El-Obeid pourrait avoir des conséquences existentielles pour le pays.
Le président du Parti du peuple soudanais a ainsi averti que la prise de la ville par les FSR pourrait accélérer une fragmentation du territoire et ouvrir la voie à une séparation de facto entre le Darfour, le Kordofan et le reste du Soudan.
Alors que les combats s’intensifient et que les appels internationaux se multiplient, l’avenir d’El-Obeid pourrait désormais peser lourdement sur l’issue de la guerre civile soudanaise et sur l’intégrité territoriale du pays.


