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jeudi, juin 11, 2026

Sénégal : Bassirou Diomaye Faye forme un gouvernement sans le Pastef de Sonko et acte la rupture au sommet de l’État

Onze jours après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, le nouveau gouvernement sénégalais confirme la prise de distance entre les deux anciens alliés et ouvre une période d’incertitude politique.

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Le président sénégalais a dévoilé un nouveau gouvernement largement composé de technocrates et de fidèles, sans participation du Pastef d’Ousmane Sonko. Une décision qui confirme la fracture entre les deux hommes ayant conduit l’alternance de 2024 et ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal.

DAKAR – Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a franchi un cap décisif dans la recomposition du paysage politique national. Lundi 1er juin 2026, un nouveau gouvernement de 30 membres a été nommé sans la participation du Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et principal artisan de la victoire présidentielle de 2024.

L’annonce intervient onze jours après le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Un enchaînement qui consacre désormais la séparation politique entre les deux hommes, longtemps présentés comme les figures indissociables du projet de rupture porté par le Pastef.

Dans un communiqué, le parti d’Ousmane Sonko a indiqué ne pas participer au nouvel exécutif en raison de « points de désaccord » concernant sa composition. Une décision qui prive le gouvernement de plusieurs figures influentes du mouvement ayant conduit Bassirou Diomaye Faye au pouvoir.

Un exécutif recentré autour du président

Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, a constitué une équipe dominée par des technocrates et des personnalités proches du chef de l’État.

Parmi les principales nominations, Cheikh Diba conserve le portefeuille des Finances tout en récupérant celui de l’Économie. Une décision qui témoigne de la volonté du président de placer la gestion économique au cœur de l’action gouvernementale alors que le Sénégal traverse une période de fortes tensions budgétaires et poursuit ses discussions avec le Fonds monétaire international.

Autre nomination remarquée, El Hadji Abdourahmane Diouf prend la tête du ministère de l’Énergie et du Pétrole. Considéré comme l’un des premiers responsables politiques à avoir publiquement soutenu Bassirou Diomaye Faye dans son différend avec Ousmane Sonko, il apparaît comme l’un des bénéficiaires politiques de cette nouvelle configuration.

Au ministère de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé succède à l’avocat historique d’Ousmane Sonko. Ancien directeur général des Douanes et dernier ministre de l’Intérieur sous Macky Sall, il retrouve un poste stratégique à un moment où les questions de gouvernance et de stabilité politique occupent une place centrale dans le débat national.

Le Pastef en retrait, une majorité à redéfinir

Si quelques membres du Pastef demeurent dans l’appareil gouvernemental, le parti est absent des principaux ministères régaliens. Parmi les rares exceptions figure Yankhoba Diémé, qui quitte les Transports pour prendre la tête du ministère des Forces armées.

Cette absence du parti majoritaire au sein du gouvernement constitue une situation inédite dans l’histoire politique récente du Sénégal. Elle soulève des interrogations sur la cohésion de la majorité présidentielle et sur les équilibres institutionnels entre la présidence, le gouvernement et l’Assemblée nationale désormais dirigée par Ousmane Sonko.

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a présenté son équipe comme un « gouvernement de mission et d’obligation de résultat ». Une formule destinée à rassurer alors que le pays fait face à une situation économique délicate marquée par un niveau d’endettement élevé et de fortes attentes sociales.

Une nouvelle phase politique

Au-delà du simple remaniement ministériel, la constitution de ce gouvernement marque probablement la fin d’un cycle politique ouvert avec la victoire de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024.

Pendant plusieurs années, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ont incarné ensemble l’opposition à Macky Sall avant de devenir les symboles d’une alternance portée par une jeunesse en quête de changement. La formation d’un gouvernement sans le Pastef révèle désormais l’existence de divergences profondes sur l’exercice du pouvoir et la conduite des réformes.

Pour les investisseurs, les partenaires internationaux et les observateurs régionaux, l’enjeu sera désormais de mesurer l’impact de cette rupture sur la stabilité institutionnelle du Sénégal, longtemps considéré comme l’une des démocraties les plus solides d’Afrique de l’Ouest.

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