Guy Marius Sagna et Cheikh Bara Ndiaye attendus devant la gendarmerie dans un contexte de crise au sommet de l’État
La convocation de deux députés du Pastef par la Section de recherches de la gendarmerie nationale, ce lundi 1er juin 2026, suscite une vive polémique au Sénégal. Guy Marius Sagna et Cheikh Bara Ndiaye doivent être entendus dans un climat politique particulièrement tendu, quelques jours seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko et son retour spectaculaire à la présidence de l’Assemblée nationale.
Dakar connaît une nouvelle séquence de fortes turbulences politiques. Selon plusieurs sources concordantes, les députés du parti Pastef, Guy Marius Sagna et Cheikh Bara Ndiaye, ont été convoqués par la Section de recherches de la gendarmerie nationale à compter du 1er juin 2026.
Les raisons exactes de ces convocations n’ont pas été officiellement communiquées. Cette absence de précisions alimente les spéculations et nourrit les inquiétudes de la majorité présidentielle issue du Pastef, déjà fragilisée par les événements politiques des dernières semaines.
Dans un communiqué publié dimanche soir, le parti a exprimé sa « profonde indignation » face à cette procédure. Pastef dénonce ce qu’il considère comme une possible instrumentalisation des institutions judiciaires à des fins politiques et met en garde contre toute tentative d’intimidation visant ses responsables.
Cheikh Bara Ndiaye dans le viseur après des accusations sur la gestion des finances publiques
La première affaire concerne le député Cheikh Bara Ndiaye.
Le parlementaire avait déjà fait parler de lui le 26 mai dernier lorsqu’il avait échappé à une tentative d’interpellation alors qu’il participait à l’installation d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale.
Quelques jours auparavant, lors d’une intervention télévisée, il avait tenu des propos particulièrement graves à l’encontre du ministre sortant des Finances et du Budget, Cheikh Diba. Le député avait affirmé que ce dernier disposait d’un compte bancaire personnel contenant « des centaines de milliards de francs CFA », sans fournir publiquement d’éléments de preuve.
Ces déclarations avaient immédiatement provoqué une vive controverse dans la sphère politique et médiatique sénégalaise.
Guy Marius Sagna convoqué après ses critiques contre le pouvoir
Le second dossier concerne le député Guy Marius Sagna, figure connue du militantisme politique sénégalais.
Très actif sur les réseaux sociaux, l’élu avait récemment multiplié les critiques contre le président Bassirou Diomaye Faye et contre la nomination du nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô.
Dans plusieurs publications, Guy Marius Sagna avait dénoncé ce qu’il considère comme un renoncement aux engagements initiaux du Pastef, notamment sur la question du franc CFA. Il avait également qualifié le chef de l’État de « dissident Diomaye » et évoqué l’existence d’un « braquage électoral », des propos qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux sénégalais.
Les défenseurs des droits humains s’inquiètent
L’affaire dépasse désormais le cadre strictement partisan.
Le directeur d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, s’est publiquement inquiété d’éventuelles poursuites fondées sur des infractions liées à l’exercice de la liberté d’expression.
Selon lui, de telles procédures rappelleraient certaines pratiques observées sous les précédents régimes et risqueraient de raviver les tensions politiques dans un pays qui cherche encore à stabiliser sa vie institutionnelle après plusieurs années de confrontations politiques.
Une crise politique qui se prolonge
Ces convocations interviennent dans un contexte particulièrement sensible.
Le limogeage d’Ousmane Sonko du poste de Premier ministre le 22 mai dernier par le président Bassirou Diomaye Faye a ouvert une période d’incertitude politique inédite depuis l’arrivée au pouvoir du duo issu du Pastef.
L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale quelques jours plus tard a certes démontré sa capacité de rebond politique, mais elle a également confirmé l’existence de profondes tensions au sein de l’exécutif.
Alors que la composition du futur gouvernement se fait toujours attendre, la convocation de deux figures importantes du Pastef risque d’alimenter davantage les interrogations sur l’évolution des rapports de force au sommet de l’État sénégalais.


