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jeudi, juin 11, 2026

Sénégal : l’élection de Ousmane Sonko ouvre une nouvelle zone d’incertitude politique

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Quelques jours seulement après son éviction de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko effectue un retour spectaculaire au sommet de l’État sénégalais. L’ancien Premier ministre a été élu mardi président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés, dans un scrutin marqué par le boycott de l’opposition.

Cette élection propulse désormais le leader du Pastef au rang de deuxième personnage de l’État et ouvre une nouvelle séquence politique particulièrement sensible au Sénégal, alors que le pays attend encore la nomination d’un nouveau gouvernement et que les équilibres institutionnels apparaissent plus fragiles que jamais.

Dans son premier discours après son élection, Ousmane Sonko a tenté d’adopter une posture d’apaisement tout en affichant clairement ses intentions politiques. « Un limogeage n’est pas synonyme de déshonneur politique », a-t-il déclaré, revendiquant toujours une forte « légitimité populaire ».

Le nouveau président de l’Assemblée nationale a assuré qu’il n’y aurait ni « chaos institutionnel », ni « vendetta personnelle », tout en promettant un « contrôle strict de l’action gouvernementale » et l’utilisation de « tous les leviers de contre-pouvoir » à sa disposition en cas de désaccord avec l’exécutif.

Derrière cette ligne officielle de coopération institutionnelle, plusieurs observateurs y voient surtout le début d’un bras de fer politique entre les deux principales figures du pouvoir sénégalais. Pour le politologue Ellimane Haby Kane, cette cohabitation s’annonce « inédite ». Selon lui, Ousmane Sonko cherche désormais à conserver une capacité de contrôle direct sur l’exécutif malgré son départ du gouvernement.

Les tensions semblent déjà visibles au sein même du camp présidentiel. Le Pastef reproche notamment au président Bassirou Diomaye Faye de ne pas avoir suffisamment consulté le parti sur la nomination du futur Premier ministre et sur la composition du prochain gouvernement.

Dans un communiqué publié mardi soir, le Pastef a confirmé des prises de contact entre la présidence et certains responsables du parti dans le cadre des consultations gouvernementales, tout en posant plusieurs conditions à une éventuelle participation.

Cette nouvelle configuration institutionnelle place désormais le Sénégal dans une situation politique particulièrement atypique. Pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir du duo Diomaye–Sonko, les deux hommes apparaissent publiquement dans une logique de rééquilibrage des pouvoirs, voire de rivalité politique interne.

Au-delà des institutions, cette recomposition intervient aussi dans un contexte économique et social délicat pour le Sénégal, confronté à de fortes attentes populaires, à la montée des enjeux énergétiques liés au gaz et au pétrole, ainsi qu’à des pressions importantes sur l’emploi et le coût de la vie.

L’élection de Ousmane Sonko à la tête du Parlement confirme en tout cas qu’il demeure l’un des acteurs politiques les plus influents du pays, capable de rebondir rapidement malgré son départ du gouvernement. Reste désormais à savoir si cette nouvelle architecture du pouvoir débouchera sur une coopération institutionnelle durable… ou sur une confrontation politique ouverte au sommet de l’État sénégalais.

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