Pour le vice-président du Groupement du Patronat Francophone (GPF), l’intégration économique régionale et la libre circulation des capitaux restent les véritables clés de la transformation énergétique et infrastructurelle du continent africain.
À Nairobi, en marge des discussions autour de la ZLECAf et des enjeux énergétiques africains, Stéphane Tiki livre à 54 ÉTATS une lecture résolument économique et pragmatique du développement africain.
Loin des discours purement idéologiques, il défend une approche fondée sur les complémentarités régionales, l’intégration des marchés, la mobilité des capitaux et la valorisation des infrastructures africaines pour attirer davantage d’investisseurs.
Pour lui, l’Afrique possède déjà les ressources nécessaires pour devenir une puissance énergétique intégrée. Le principal défi réside désormais dans la capacité des États africains à travailler ensemble et à construire un narratif économique crédible.
« L’Afrique doit d’abord apprendre à travailler avec elle-même »
Interrogé sur le rôle que pourrait jouer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) dans l’intégration énergétique du continent, Stéphane Tiki estime que le potentiel est considérable, à condition de raisonner à l’échelle des régions économiques africaines plutôt qu’à celle d’un continent uniforme.
« Le continent africain, ce sont 54 États avec des réalités économiques très différentes. Les intérêts du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie ne sont pas les mêmes que ceux du Sénégal, du Bénin ou de la Côte d’Ivoire. Il faut donc construire l’intégration africaine à partir des zones économiques régionales », explique-t-il.
Selon lui, la CEDEAO, la CEMAC ou encore les ensembles économiques d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est constituent les véritables leviers d’une future autonomie énergétique africaine.
Le dirigeant souligne notamment le paradoxe énergétique de l’Afrique centrale, région pourtant riche en ressources naturelles.
« L’Afrique centrale est probablement l’une des régions les plus riches du continent en potentiel énergétique, avec le solaire, l’hydroélectricité, le gaz ou encore les minerais stratégiques. Pourtant, c’est aussi l’une des régions où les coupures d’électricité restent les plus fréquentes », observe-t-il.
Pour Stéphane Tiki, la réponse passe par une meilleure complémentarité entre les États africains, facilitée par la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux.
Des infrastructures devenues un argument stratégique pour les investisseurs
Le vice-président du GPF insiste également sur l’importance des infrastructures dans l’attractivité économique du continent.
Selon lui, les investisseurs internationaux recherchent avant tout deux éléments : la stabilité et la rentabilité.
« Un investisseur ne vient pas par charité. Il vient parce qu’il pense pouvoir développer une activité rentable dans un environnement fiable », résume-t-il.
À ce titre, Stéphane Tiki estime que plusieurs pays africains commencent à démontrer leur capacité à offrir des standards d’infrastructures compétitifs.
Il cite notamment le Kenya, où se déroule l’entretien, mais également le Maroc ou le Bénin.
« Ici à Nairobi, nous avons vu des routes modernes, des infrastructures de qualité, des transports efficaces, des hôtels performants. Ce sont aussi ces éléments qui rassurent les investisseurs internationaux », explique-t-il.
Selon lui, le continent souffre encore d’un déficit d’image entretenu par des narratifs souvent centrés uniquement sur les difficultés africaines.
« Nous parlons trop souvent de ce qui ne fonctionne pas en Afrique et pas assez de ce qui fonctionne. Pourtant, plusieurs pays africains démontrent aujourd’hui une réelle capacité de transformation économique », affirme-t-il.
« L’Afrique est un territoire d’opportunités »
À travers le Groupement du Patronat Francophone, qui fédère 88 organisations patronales et près d’un million de PME dans l’espace francophone, Stéphane Tiki défend une vision offensive du développement africain fondée sur l’investissement privé.
« Les PME sont essentielles parce qu’elles créent de la richesse et de l’emploi. L’Afrique possède une jeunesse ambitieuse, talentueuse et dynamique. Ce dont elle a besoin, ce n’est pas d’assistance permanente, mais d’opportunités économiques », insiste-t-il.
Pour lui, l’Afrique doit désormais être présentée comme un marché stratégique à fort potentiel.
« L’Afrique n’est pas un continent qui a besoin d’aide. C’est un territoire d’opportunités », martèle-t-il.
Le responsable patronal estime également que certains marchés africains offrent encore des perspectives de croissance et des positions dominantes difficiles à obtenir sur des marchés occidentaux déjà saturés.
Une puissance énergétique africaine reste possible
Malgré les difficultés structurelles du continent, Stéphane Tiki se veut confiant sur la capacité de l’Afrique à devenir une puissance énergétique intégrée.
Mais il pose une condition claire : renforcer la coopération entre les différentes régions africaines.
« Il faut faire travailler l’Afrique anglophone avec l’Afrique francophone. Il faut construire des complémentarités économiques régionales et arrêter les logiques d’opposition permanentes », explique-t-il.
Selon lui, les ressources existent déjà largement sur le continent.
Il cite notamment les minerais stratégiques de la RDC, le pétrole et le gaz du Cameroun, les barrages hydroélectriques d’Afrique centrale ou encore le potentiel solaire africain.
« Notre responsabilité est désormais de transformer ces ressources en développement concret pour les populations », affirme-t-il.
L’énergie représente selon lui un levier majeur non seulement pour améliorer les conditions de vie, mais aussi pour créer massivement des emplois sur le continent.
« L’énergie fait partie des secteurs capables de créer énormément d’emplois pour la jeunesse africaine », souligne-t-il.
Avant de conclure par un message adressé aux décideurs africains :
« L’Afrique n’a pas besoin qu’on la sauve. Elle a besoin qu’on investisse en elle et qu’on lui fasse confiance. »


