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jeudi, juin 11, 2026

Banque africaine de développement, Banque africaine de l’Énergie, ZLECAF… pourquoi le financement est devenu la nouvelle bataille stratégique de l’énergie en Afrique

Dans un entretien accordé à 54 ÉTATS, Réné Awambeng analyse les blocages structurels du financement énergétique africain, les limites des projets non bancables et les ambitions portées par les nouvelles initiatives panafricaines comme la Banque africaine de l’Énergie et Mission 300.

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

« IL N’Y AURA PAS DE SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE AFRICAINE SANS SOUVERAINETÉ FINANCIÈRE »

Plus de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité alors même que le continent possède certaines des plus importantes réserves de gaz, de pétrole et de ressources hydroélectriques au monde. Pour de nombreux experts, le véritable verrou n’est plus uniquement technologique ou industriel : il est désormais financier.

Entre raréfaction des financements internationaux, difficulté à structurer des projets bancables et déficit massif d’infrastructures électriques, l’Afrique énergétique se retrouve confrontée à une question centrale : qui financera réellement la transformation énergétique du continent ?

Dans cet entretien accordé à 54 ÉTATS, Réné Awambeng analyse les nouvelles batailles stratégiques autour du financement énergétique africain, le rôle des institutions continentales et les risques de dépendance persistante aux capitaux étrangers.

54 ÉTATS : Pourquoi le financement est-il devenu un enjeu central de l’énergie en Afrique ?

Réné Awambeng : Le financement est aujourd’hui le véritable nerf stratégique de l’énergie en Afrique. Les besoins sont immenses alors que les moyens restent insuffisants.

Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. L’Afrique représente près de 80 % du déficit mondial d’accès à l’électricité. Dans le même temps, les besoins d’investissements énergétiques du continent se chiffrent en centaines de milliards de dollars sur les prochaines décennies.

Aujourd’hui, la capacité de financer des projets énergétiques à grande échelle en Afrique demeure limitée. Il faut donc des solutions nouvelles : du blended finance, des partenariats avec les Development Finance Institutions (DFI), mais aussi un recours plus important aux marchés de capitaux africains et internationaux.

« Le financement est aujourd’hui le véritable nerf stratégique de l’énergie en Afrique. »

54 ÉTATS : Entre la CEMAC, la ZLECAF et les initiatives comme la Banque africaine de l’Énergie, l’Afrique avance-t-elle aujourd’hui avec une vision réellement coordonnée de son développement énergétique ?

Réné Awambeng : Oui, il existe aujourd’hui une volonté politique plus forte autour de l’intégration énergétique africaine. On le voit à travers les pools énergétiques régionaux, les projets d’interconnexion ou encore des initiatives comme la ZLECAF qui cherchent à harmoniser les réglementations.

Mais il reste encore beaucoup à faire. Les cadres réglementaires, les priorités nationales et les rythmes d’exécution demeurent très hétérogènes selon les pays. Cela limite encore l’émergence d’un véritable marché énergétique africain intégré.

La création de la Banque africaine de l’Énergie va clairement dans le bon sens. Cela traduit une prise de conscience stratégique : les outils africains doivent désormais pouvoir financer des projets africains.

« Les outils africains doivent désormais pouvoir financer des projets africains. »

54 ÉTATS : Les banques occidentales sont-elles encore prêtes à financer les hydrocarbures africains ?

Réné Awambeng : On observe aujourd’hui une évolution très nette du marché. Certaines institutions financières internationales deviennent plus prudentes sur le financement des hydrocarbures en raison des pressions environnementales et climatiques.

Cela crée une situation complexe pour l’Afrique, car le continent reste confronté à une forte précarité énergétique et a encore besoin d’investir massivement dans ses ressources disponibles, notamment le gaz naturel.

C’est précisément pour cela que l’Afrique doit renforcer ses propres capacités de financement. Le continent ne peut pas dépendre exclusivement des décisions stratégiques prises ailleurs.

Il faut développer davantage de banques africaines capables de financer des projets énergétiques de long terme, mais aussi mobiliser l’épargne locale, les fonds souverains et les investisseurs institutionnels africains.

54 ÉTATS : Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les investisseurs dans l’énergie africaine ?

Réné Awambeng : Le premier défi reste la préparation des projets. Beaucoup de projets africains ne sont pas encore suffisamment bancables. Il faut des études de faisabilité solides, des modèles financiers fiables ainsi que des diligences juridiques, techniques et environnementales répondant aux standards internationaux.

Le deuxième défi concerne les financements de long terme. Les grands projets énergétiques nécessitent des financements sur 10, 15 voire 20 ans, alors que les liquidités disponibles restent souvent limitées et de courte durée.

Enfin, il existe un immense déficit d’infrastructures énergétiques en Afrique.

Certains pays ont renforcé leurs capacités de production électrique grâce à des barrages ou des centrales à gaz, mais ne disposent pas ensuite des réseaux nécessaires pour acheminer cette énergie vers les populations.

Autrement dit, l’électricité est produite, mais elle ne peut pas être distribuée efficacement faute de lignes à haute tension, de postes électriques et de réseaux de transmission adaptés.

Dans certains cas, il faut construire des lignes électriques sur 1 000 ou 2 000 kilomètres pour connecter les zones de production aux zones de consommation. Cela représente des investissements extrêmement lourds.

« L’électricité est produite, mais elle ne peut pas être acheminée efficacement vers les populations. »

54 ÉTATS : L’Afrique risque-t-elle de rester dépendante des capitaux étrangers pour financer sa transition énergétique ?

Réné Awambeng : Le risque existe clairement si l’Afrique ne développe pas rapidement ses propres outils financiers. Le continent dispose pourtant d’importantes ressources naturelles : hydroélectricité, solaire, gaz, pétrole… Le potentiel est là. Mais il faut désormais transformer ce potentiel en énergie accessible et compétitive.

Nous avons vu émerger ces dernières années plusieurs initiatives majeures. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement travaillent notamment sur le programme Mission 300, dont l’objectif particulièrement ambitieux est de permettre à 300 millions d’Africains supplémentaires d’accéder à l’électricité d’ici 2030.

Ce programme vise à accélérer massivement les investissements énergétiques sur le continent, le développement des réseaux électriques et des mini-réseaux, le déploiement du solaire, les interconnexions régionales ainsi que les réformes structurelles indispensables à la transformation durable du secteur énergétique africain.

Ce type de projet structurant est essentiel. Mais il faut être clair : il n’y aura pas de souveraineté énergétique africaine sans souveraineté financière.

« Il n’y aura pas de souveraineté énergétique africaine sans souveraineté financière. »

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