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jeudi, juin 11, 2026

Will Mbiakop, architecte du nouveau sport-business africain

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Ancien dirigeant de NBA Africa, entrepreneur et penseur du sport africain, Will Mbiakop défend une conviction encore marginale sur le continent : demain, le sport pourrait devenir l’un des véritables moteurs économiques de l’Afrique.

Dans les grandes conférences économiques africaines, son nom circule désormais bien au-delà des cercles du basket-ball. C’est notamment à Nairobi, lors du dernier sommet Africa Moving Forward, que 54 ÉTATS a rencontré Will Mbiakop, au milieu des décideurs, investisseurs et stratèges qui réfléchissent à la place future de l’Afrique dans l’économie mondiale. Une présence qui illustre parfaitement l’évolution de son profil : celui d’un acteur désormais identifié bien au-delà du seul univers sportif.

À mi-chemin entre le stratège, le businessman et le diplomate économique, Will Mbiakop appartient à cette nouvelle génération de dirigeants africains qui ne considèrent plus le sport comme un simple divertissement populaire, mais comme une industrie de puissance.

Une industrie capable de générer des revenus, de structurer des écosystèmes économiques, de renforcer l’influence culturelle du continent et d’accélérer la transformation de villes entières.

Le parcours de Mbiakop épouse d’ailleurs cette vision transnationale de l’Afrique moderne.

Né d’un héritage camerounais et marocain, il construit très tôt une trajectoire internationale entre Yaoundé, Londres, Paris, Dubaï et Johannesburg. Ancien athlète lui-même, il développe rapidement une lecture du sport qui dépasse largement le terrain.

Chez lui, le sport est un langage économique.

Avant même l’explosion actuelle du sport-business africain, Will Mbiakop comprend que l’Afrique possède déjà l’essentiel : une jeunesse massive, une culture populaire mondialisée, un vivier de talents et une capacité unique à produire des récits capables de traverser les frontières.

Ce qui manque encore au continent, estime-t-il, ce sont des structures capables de transformer ce potentiel en véritable marché : formation des talents, production de données fiables, accès au financement, protection de la propriété intellectuelle et environnement réglementaire adapté. En clair, toute une chaîne économique que l’Afrique sportive peine encore à structurer.

Cette conviction va prendre une nouvelle dimension lorsqu’il rejoint NBA Africa.

Pendant près d’une décennie, il participe à l’expansion commerciale de la ligue américaine sur le continent africain. Une période charnière durant laquelle la NBA accélère fortement sa présence en Afrique à travers des partenariats stratégiques, des événements internationaux et des collaborations avec des institutions publiques et privées majeures.

L’équipe qu’il dirigeait aurait contribué à près de 70 % des revenus générés par NBA Africa, notamment grâce à des accords noués avec MTN, General Electric, OCP, la Banque africaine de développement ou encore l’Agence française de développement.

Cette immersion au cœur de l’une des machines sportives les plus puissantes du monde va profondément façonner sa lecture stratégique du continent.

Dans sa vision, le sport ne se limite plus aux terrains ou aux stades. Il devient un écosystème complet, capable d’alimenter les médias, le tourisme, l’événementiel, les industries créatives, les infrastructures ou encore l’économie numérique. Une chaîne de valeur stratégique que plusieurs grandes puissances mondiales utilisent déjà comme un outil d’influence économique et culturelle.

Une vision qu’il développe désormais à travers l’African Sports & Creative Institute (ASCI), structure qu’il a fondée et qu’il dirige aujourd’hui depuis l’Afrique du Sud.

L’institut ambitionne de devenir l’un des principaux centres africains de réflexion stratégique sur l’économie du sport et des industries créatives. Conseil, recherche, formation, accompagnement des acteurs publics et privés : l’ASCI se positionne comme une plateforme de structuration d’un marché encore largement sous-exploité.

Car malgré son immense potentiel démographique et culturel, l’Afrique reste encore marginale dans l’économie mondiale du sport. Pour lui, l’Afrique ne souffre pas d’un manque de talents sportifs. Elle souffre surtout d’un déficit de structuration économique.

L’Afrique exporte des champions depuis des décennies. Mais pour Will Mbiakop, elle n’a pas encore construit l’économie capable de capitaliser pleinement sur ce vivier exceptionnel de talents.

Son discours séduit justement parce qu’il dépasse le seul cadre sportif. Will Mbiakop défend une approche pragmatique du développement de l’industrie sportive africaine, fondée sur une meilleure répartition des rôles entre États et secteur privé. « L’État n’a jamais eu vocation à gérer seul une industrie sportive moderne », explique-t-il régulièrement, plaidant pour des partenariats capables de professionnaliser les infrastructures, attirer les investissements et générer de nouveaux revenus.

Chez Mbiakop, le sport devient aussi un instrument de transformation sociale, de diplomatie culturelle et même de réponse aux enjeux climatiques. Il siège notamment au conseil d’administration de la Great Green Wall of Africa Foundation, illustrant cette volonté de connecter jeunesse africaine, industries créatives et développement durable.

Diplômé de la Manchester Business School, il est également l’auteur de Africa Sports Industry: Understanding the Game, publié en 2024, considéré comme l’un des premiers ouvrages structurés consacrés à l’économie du sport en Afrique.

Mais au-delà des conférences internationales et des stratégies institutionnelles, Will Mbiakop tente surtout d’imposer une idée encore peu répandue dans les cercles économiques africains : l’Afrique ne doit plus seulement exporter des athlètes. Elle doit désormais construire sa propre industrie du sport.

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