17.8 C
Paris
jeudi, juin 11, 2026

Sénégal : Thierno Diop, l’un des nouveaux poids lourds de l’aviculture africaine

Ingénieur formé à Londres, l’entrepreneur sénégalais de 43 ans dirige aujourd’hui une entreprise de 150 salariés et un cheptel de plus de 220 000 poules. Avec sa marque Trésor d’Or, il ambitionne désormais de transformer son modèle en groupe agroalimentaire régional.

À lire ou à écouter

Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Au Sénégal, l’aviculture est devenue l’un des secteurs agricoles les plus stratégiques du pays. Longtemps dominée par des groupes structurés comme SEDIMA, fondé par Babacar Ngom, la filière voit désormais émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs qui cherchent à transformer l’élevage en véritable industrie agroalimentaire.

Parmi eux, Thierno Diop. À 43 ans, cet ingénieur sénégalais formé à Londres dirige aujourd’hui une entreprise de 150 salariés et exploite plus de 220 000 poules, ce qui le place parmi les principaux producteurs du pays, tout en étant l’un des plus jeunes du secteur.

Marié et père de trois enfants, l’entrepreneur développe depuis plusieurs années un modèle intégré allant de la production à la distribution avec sa marque Trésor d’Or. Mais derrière cette réussite entrepreneuriale se cache une histoire beaucoup plus intime.

Enfant, dans la ferme familiale au Sénégal, il passait ses journées aux côtés de sa grand-mère à nettoyer le poulailler et à s’occuper des volailles. Une routine simple qui a pourtant fait naître une passion durable pour l’aviculture.

54 ÉTATS : Votre histoire avec l’aviculture commence très tôt, dans la ferme familiale. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?

Thierno Diop : C’est là que tout a commencé. Quand j’étais enfant, je passais énormément de temps avec ma grand-mère à la ferme. Je nettoyais le poulailler, je nourrissais les volailles, je regardais comment tout fonctionnait. À l’époque, je ne pensais évidemment pas que cela deviendrait mon métier. Mais cette proximité avec les animaux et le travail de la terre est restée en moi. Avec le recul, je pense que ma passion pour l’aviculture est née là.

54 ÉTATS : Vous êtes pourtant ingénieur de formation et vous avez étudié jusqu’au master à Londres. Comment passe-t-on de ce parcours académique à l’aviculture ?

Thierno Diop : Mes études m’ont apporté une vision très structurée du management et de l’organisation. À Londres, j’ai découvert des modèles industriels extrêmement performants. Cela m’a fait comprendre que l’agriculture africaine pouvait elle aussi être pensée comme une industrie moderne. Quand je suis revenu au Sénégal, j’ai voulu appliquer cette logique à l’aviculture : organisation, standards, qualité, gestion des coûts, distribution. Aujourd’hui, gérer une ferme de plus de 330 000 poules nécessite une vraie approche industrielle.

54 ÉTATS : Votre entreprise emploie aujourd’hui 150 personnes. Quels ont été les tournants décisifs dans votre développement ?

Thierno Diop : Le premier tournant a été de comprendre qu’il ne suffisait pas de produire. Beaucoup de producteurs restent dépendants des intermédiaires. Moi, j’ai voulu maîtriser toute la chaîne de valeur, de l’élevage jusqu’à la distribution. Ensuite, il y a eu la création de la marque Trésor d’Or. À partir du moment où vous créez une marque, vous entrez dans une autre dimension. Vous ne vendez plus seulement un produit, vous construisez une identité et une relation de confiance avec le consommateur.

54 ÉTATS : Dans une filière dominée par des groupes historiques comme SEDIMA, comment trouvez-vous votre place ?

Thierno Diop : Il faut d’abord reconnaître le travail des pionniers du secteur. Des groupes comme SEDIMA ont énormément contribué à structurer l’aviculture sénégalaise. Mais aujourd’hui, le marché évolue rapidement. La demande augmente, les habitudes de consommation changent et il y a de la place pour des acteurs capables d’innover, d’aller vite et de développer des marques fortes. Notre ambition est justement d’apporter cette nouvelle dynamique.

54 ÉTATS : Avec Trésor d’Or, cherchez-vous à dépasser le simple statut de producteur ?

Thierno Diop : Oui, clairement. Notre objectif n’est pas seulement de produire du poulet. Nous voulons bâtir un groupe agroalimentaire africain capable de produire, transformer et distribuer des produits de qualité. L’Afrique importe encore énormément de denrées alimentaires alors que nous avons les ressources pour produire localement. Je pense que le continent doit maintenant construire ses propres champions agro-industriels.

54 ÉTATS : Vous regardez désormais au-delà du Sénégal, notamment vers l’Afrique centrale. Pourquoi cette ambition régionale ?

Thierno Diop : Parce que la demande alimentaire explose partout en Afrique. Beaucoup de pays cherchent aujourd’hui à réduire leur dépendance aux importations et à renforcer leur souveraineté alimentaire. Cela ouvre des opportunités importantes pour des entreprises capables d’apporter un modèle structuré. Nous pensons que ce que nous avons construit au Sénégal peut être reproduit dans d’autres marchés africains.

54 ÉTATS : L’aviculture peut-elle devenir un secteur stratégique pour le continent ?

Thierno Diop : Oui, sans aucun doute. Derrière l’aviculture, il y a toute une économie : alimentation animale, logistique, transport, distribution, transformation industrielle. C’est un secteur qui crée énormément d’emplois et qui peut avoir un impact direct sur la sécurité alimentaire. Pour moi, l’agriculture et l’agro-industrie seront au cœur de la prochaine phase de développement africain.

54 ÉTATS : Votre parcours peut inspirer beaucoup de jeunes Africains. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

Thierno Diop : Je veux leur dire que l’agriculture n’est plus un secteur du passé. Aujourd’hui, c’est un secteur stratégique, moderne et porteur d’opportunités énormes. L’Afrique doit produire ce qu’elle consomme. Et cette transformation sera portée par des entrepreneurs africains capables de penser grand et sur le long terme.

54 ÉTATS : Où voyez-vous Trésor d’Or dans dix ans ?

Thierno Diop : Je vois une marque africaine forte, présente dans plusieurs pays, avec des standards élevés et une vraie capacité industrielle. Mon ambition est de montrer qu’une entreprise née au Sénégal peut devenir un acteur régional crédible dans l’agroalimentaire africain.

Une filière stratégique pour le Sénégal

Depuis l’interdiction des importations de poulets congelés en 2005, l’aviculture sénégalaise a connu une croissance spectaculaire.

Le secteur représente aujourd’hui environ 70 à 80 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel, avec plus de 30 000 emplois directs et près de 100 000 emplois indirects.

Autour de groupes structurés comme SEDIMA, mais aussi d’acteurs comme SIPSA ou CAMAF, une nouvelle génération d’entrepreneurs cherche désormais à accélérer l’industrialisation de la filière et à développer des marques locales capables de répondre à la demande croissante du continent africain.

- Events -spot_img

Plus d'articles

- Evénements -spot_img

Dernières actualités