Après Nairobi, cap sur Addis-Abeba. Le président français Emmanuel Macron effectue ce mercredi 13 mai une visite hautement stratégique en Éthiopie, quelques heures seulement après la clôture du sommet Africa Forward organisé au Kenya. Une étape loin d’être symbolique dans un contexte de recomposition accélérée des équilibres diplomatiques et sécuritaires en Afrique de l’Est.
À Addis-Abeba, le chef de l’État français doit rencontrer le Premier ministre Abiy Ahmed, avant de se rendre au siège de Union africaine, où il prononcera un discours inédit devant l’institution panafricaine. Une première pour un président français dans ce format officiel.
Au-delà du protocole, cette visite intervient dans un moment particulièrement sensible pour l’Éthiopie. Le pays se prépare à de nouvelles échéances électorales dans un climat politique encore marqué par les conséquences de la guerre du Tigré, les tensions ethniques internes et les fragilités économiques persistantes.
Mais Paris considère désormais l’Éthiopie comme un partenaire central dans sa stratégie africaine. Un “pays ami”, selon l’Élysée, dans une région devenue prioritaire après le recul de l’influence française au Sahel.
Paris veut reprendre pied dans la Corne de l’Afrique
Le déplacement présidentiel intervient alors que la France cherche à renforcer sa présence diplomatique et sécuritaire dans la Corne de l’Afrique et autour de la mer Rouge, une zone devenue critique pour le commerce mondial, l’énergie et les équilibres militaires internationaux.
À Addis-Abeba, Emmanuel Macron participera notamment à une réunion tripartite avec Antonio Guterres et Mahmoud Ali Youssouf afin d’évoquer plusieurs dossiers sensibles : guerre au Soudan, instabilité au Mali, sécurité régionale et transition énergétique africaine.
La France tente ici de repositionner son rôle diplomatique sur les grandes crises continentales, alors que d’autres puissances — Russie, Turquie, Chine, Émirats arabes unis ou encore Arabie saoudite — renforcent progressivement leur présence dans la région.
L’économie et l’énergie au cœur du rapprochement franco-éthiopien
Sur le plan économique, Paris veut également consolider ses positions.
En février dernier, la France et l’Éthiopie ont signé un accord de restructuration de dette accompagné d’un nouveau programme de financement de 81 millions d’euros destiné à soutenir les réformes macroéconomiques engagées par Addis-Abeba.
Selon le ministère éthiopien des Finances, les investissements français dans le pays dépassent désormais les 600 millions d’euros, dont plus de la moitié dans le secteur énergétique.
L’énergie apparaît désormais comme l’un des piliers majeurs du partenariat entre les deux pays. Hydroélectricité, infrastructures, énergies renouvelables et modernisation des réseaux figurent parmi les dossiers prioritaires discutés entre Paris et Addis-Abeba.
Cette séquence intervient alors que la compétition internationale autour des marchés énergétiques africains s’intensifie fortement.
Une coopération militaire sensible autour de la mer Rouge
Mais derrière les discussions économiques se cache un autre enjeu : la sécurité maritime.
Depuis 2019, la France entretient une coopération militaire active avec l’Éthiopie, notamment autour de la reconstruction de la marine éthiopienne. Une situation singulière pour un pays enclavé qui ne dispose plus d’accès à la mer depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993.
Dans le quartier de Sidist Kilo à Addis-Abeba, une académie militaire dédiée à cette future marine éthiopienne fonctionne avec l’appui des forces françaises. Des officiers éthiopiens sont également formés sur les bases navales françaises de Toulon et Brest.
Cette coopération avait été suspendue lors du déclenchement de la guerre du Tigré en 2020 avant d’être relancée après l’accord de paix de Pretoria signé en 2022.
Pour Paris, l’objectif est clair : conserver un partenaire stratégique dans une zone clé située à proximité du détroit de Bab-el-Mandeb, l’un des corridors maritimes les plus sensibles au monde reliant la mer Rouge à l’océan Indien.
Le risque d’une nouvelle crise régionale
Cette visite intervient toutefois dans un contexte de fortes tensions régionales.
Les relations entre l’Éthiopie et Érythrée se détériorent à nouveau autour de la question de l’accès éthiopien à la mer. Addis-Abeba revendique désormais ouvertement un accès maritime stratégique, notamment autour du port érythréen d’Assab.
Des déclarations qui ravivent les craintes d’une nouvelle confrontation militaire entre les deux voisins, après des décennies de conflits et une paix toujours fragile.
Une reprise des hostilités dans cette zone pourrait remettre en cause les ambitions diplomatiques françaises dans la région et fragiliser à nouveau la coopération militaire entre Paris et Addis-Abeba.


