16.9 C
Paris
mardi, mai 19, 2026

Énergie en Afrique : « L’énergie doit servir à réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie », explique NJ Ayuk

Entre souveraineté énergétique, dépendance financière et urgence d’accès à l’électricité, NJ Ayuk appelle à un changement de paradigme pour faire de l’énergie un levier réel de développement en Afrique.

À lire ou à écouter

Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

L’Afrique traverse un moment charnière dans son histoire énergétique. Riche en ressources, courtisée par les investisseurs, elle reste pourtant confrontée à une réalité plus complexe : celle d’une dépendance persistante aux financements extérieurs et aux équilibres mondiaux.

Pour NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, le constat est clair.

« L’Afrique dispose d’un potentiel immense en pétrole et en gaz. Mais aujourd’hui, les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz, rappellent à quel point les marchés restent fragiles et interconnectés. »

Chaque jour, une part significative du pétrole mondial transite par ce point stratégique, exposant les flux énergétiques — y compris africains — aux chocs externes et aux risques de perturbation.

Souveraineté énergétique : une équation à trois acteurs

Contrairement à une lecture binaire opposant États et investisseurs, NJ Ayuk défend une approche plus nuancée.

« Les gouvernements doivent capter une part équitable de la valeur, à travers les taxes, les royalties et les participations. Mais sans rentabilité, aucun investisseur ne viendra. Il faut un équilibre. »

Mais au-delà de ces deux acteurs, un troisième reste trop souvent absent du débat : les populations africaines.

« L’acteur dont on parle le moins, ce sont les Africains eux-mêmes. Ce sont eux qui doivent bénéficier des emplois, des contrats et des projets. »

Dans cette logique, le développement du contenu local devient un levier stratégique pour ancrer la valeur sur le continent.

Une urgence sociale toujours massive

Derrière les grands projets énergétiques, la réalité reste brutale.

En Afrique, près de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, tandis qu’un milliard vivent sans solutions de cuisson propre.
Des centaines de milliers de décès sont chaque année liés à la pollution domestique.

« C’est inacceptable. L’énergie doit servir à réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie. »

Pour NJ Ayuk, le gaz naturel peut jouer un rôle clé comme énergie de transition, capable d’accompagner l’industrialisation et d’élargir l’accès à l’électricité.

Le financement, nerf de la guerre

Au cœur de l’équation énergétique africaine, un facteur s’impose : le financement.

« Aucun projet ne peut voir le jour sans financement. »

Si des capitaux existent sur le continent, ils restent encore insuffisamment mobilisés pour soutenir les projets domestiques.

« L’Afrique doit utiliser ses propres ressources financières, ses banques, ses institutions, pour financer son développement. »

En parallèle, la coopération avec les investisseurs internationaux reste essentielle, à condition de construire des partenariats équilibrés.

Une compétition désormais mondiale

L’Afrique ne joue plus uniquement en interne.

« Nous ne sommes pas en concurrence entre pays africains. Nous sommes en compétition avec le Texas, avec le Qatar. » Dans ce contexte, l’attractivité devient déterminante : transparence, stabilité réglementaire, ouverture des marchés et réduction de la corruption sont autant de facteurs clés pour capter les investissements.

Des cadres comme la Zone de libre-échange continentale africaine pourraient renforcer cette dynamique en facilitant les flux financiers et les projets transfrontaliers.

Vers une montée en puissance des acteurs africains

Des signaux positifs émergent néanmoins.

Dans certains pays comme le Nigeria, les entreprises locales prennent une place croissante dans la production pétrolière et gazière, marquant une évolution progressive vers une meilleure maîtrise des ressources.

« L’objectif n’est pas d’exclure les investisseurs internationaux, mais de construire des partenariats gagnant-gagnant. »

- Events -spot_img

Plus d'articles

- Evénements -spot_img

Dernières actualités