14.3 C
Paris
mardi, mai 19, 2026

Libye : bras de fer au sommet de l’État, la bataille du pouvoir s’intensifie à Tripoli

Conflit ouvert entre le Conseil présidentiel et le gouvernement autour des nominations diplomatiques, sur fond d’ingérences internationales et de vide institutionnel

À lire ou à écouter

Massinissa Benlakehal
Massinissa Benlakehal
JRI - Correspondant zone Maghreb

À Tripoli, les tensions entre les principales institutions de l’État libyen franchissent un nouveau seuil. Derrière un différend sur les nominations diplomatiques se joue en réalité une lutte de pouvoir plus profonde, révélatrice des fragilités persistantes de l’architecture politique libyenne.

Un conflit institutionnel qui dégénère

La crise politique libyenne connaît un nouvel épisode. Le chef du Conseil présidentiel, Mohammed el-Menfi, et le Premier ministre sortant, Abdelhamid Dbeibeh, s’opposent désormais ouvertement sur la question des prérogatives institutionnelles.

Le point de rupture intervient le 19 avril, lorsque Mohammed el-Menfi adresse une lettre officielle au chef du gouvernement. Il y affirme que la nomination des ambassadeurs relève exclusivement du Conseil présidentiel — et non de l’exécutif ou du ministère des Affaires étrangères.

Dans ce courrier, le Conseil présidentiel va plus loin : il exige que le Premier ministre propose un candidat officiel au poste de chef de la diplomatie, tout en annonçant la suspension du chargé actuel du ministère ainsi que l’ensemble de ses décisions, notamment celles liées aux « questions souveraines ».

Un vide diplomatique qui alimente les tensions

Le ministère des Affaires étrangères libyen est fragilisé depuis près de deux ans. Le poste est vacant depuis l’été 2023, après le limogeage de Najla el-Mangoush, à la suite de sa rencontre controversée avec son homologue israélien à Rome.

Depuis, un chargé d’affaires assure l’intérim, nommé par le gouvernement. Une situation transitoire devenue structurelle, qui cristallise aujourd’hui les rivalités entre institutions.

Ce flou institutionnel offre un terrain propice aux interprétations divergentes des textes — et donc aux affrontements politiques.

Une lutte de pouvoir sur fond de recomposition politique

Au-delà des nominations, c’est bien une lutte pour le contrôle de l’exécutif qui se joue à Tripoli.

Les tensions se sont accentuées ces dernières semaines après des fuites autour d’un plan soutenu par Washington visant à réunifier les institutions libyennes, toujours divisées entre gouvernements concurrents.

Selon plusieurs sources, ce projet évoque un scénario sensible : confier la présidence du Conseil présidentiel à un fils du maréchal Khalifa Haftar, tout en maintenant Abdelhamid Dbeibeh à la tête d’un gouvernement unifié.

Une hypothèse explosive, qui rebat les équilibres de pouvoir et alimente la méfiance entre les acteurs politiques.

Un système institutionnel structurellement instable

Plusieurs analystes et responsables politiques libyens pointent une faille majeure : l’accord politique de 2021, censé encadrer la transition, reste trop imprécis sur la répartition des pouvoirs entre les différentes institutions.

Résultat : chaque camp interprète le texte à son avantage, transformant les désaccords administratifs en crises politiques.

Ce nouvel affrontement en est l’illustration parfaite. Derrière une querelle technique sur des nominations, c’est l’absence d’un cadre institutionnel clair et accepté qui fragilise encore davantage la gouvernance du pays.

Une crise aux implications stratégiques

Dans un pays clé pour les équilibres énergétiques en Méditerranée, cette instabilité politique persistante n’est pas sans conséquences.

Elle freine les investissements, complique les négociations internationales et retarde toute perspective de stabilisation durable.

Plus que jamais, la Libye reste prise dans un entre-deux politique : ni véritablement unifiée, ni totalement fragmentée — mais durablement instable.

- Events -spot_img

Plus d'articles

- Evénements -spot_img

Dernières actualités