Paris déroule le tapis rouge à l’un de ses derniers partenaires stables au Sahel. Pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, cette visite d’État du 15 au 17 avril 2026 dépasse largement le registre symbolique : elle doit permettre de consolider la relation bilatérale avec la France, de renforcer le dialogue sur la sécurité régionale et de conforter les échanges économiques à un moment de profonde recomposition géopolitique en Afrique de l’Ouest.
Le président mauritanien a été accueilli à Paris dans le cadre d’une visite d’État officiellement inscrite à l’agenda de l’Élysée, avec un entretien avec Emmanuel Macron prévu ce mercredi 15 avril à 17 heures, suivi d’un dîner d’État à 20h30. Ce format protocolaire traduit la volonté française de donner un relief particulier à la relation avec Nouakchott.
Au cœur des échanges figurent les liens politiques, culturels et économiques entre les deux pays, mais aussi plusieurs dossiers régionaux à haute intensité. Côté mauritanien, la séquence est lue comme une occasion de replacer la Mauritanie au centre du jeu diplomatique sahélien, au moment où les relations entre la France et plusieurs capitales de l’AES se sont brutalement dégradées.
La dimension sécuritaire s’impose comme l’un des axes majeurs de la visite. Dans un Sahel en crise, marqué par l’instabilité persistante, la Mauritanie apparaît aux yeux de Paris comme un partenaire encore fiable, capable de maintenir une ligne de coopération là où d’autres alliances se sont effondrées. Cette proximité stratégique prend d’autant plus de relief que Nouakchott tente, en parallèle, de préserver un équilibre diplomatique avec ses voisins, notamment le Mali.
Le dossier migratoire est l’autre point sensible de cette visite. L’Union européenne considère la Mauritanie comme un maillon essentiel de sa politique de contrôle des flux vers l’Europe. Mais cette coopération fait l’objet de critiques récurrentes de la part d’organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch a ainsi publié, le 27 août 2025, un rapport dénonçant de graves abus commis contre des migrants et demandeurs d’asile en Mauritanie, dans le contexte de l’externalisation croissante des politiques migratoires européennes.
Au-delà du sécuritaire et du migratoire, Paris et Nouakchott veulent aussi donner une traduction économique concrète à ce rapprochement. La fin de la visite, vendredi 17 avril, doit être marquée par un forum d’affaires avec des chefs d’entreprise, tandis que le programme prévoit également des déplacements institutionnels et économiques, notamment à Brest, autour des activités maritimes et de la recherche liée à la mer.
Cette visite d’État est donc tout sauf protocolaire. Elle consacre la Mauritanie comme interlocuteur stratégique de la France dans une région bouleversée, tout en mettant en lumière les contradictions d’un partenariat où se croisent impératifs de sécurité, intérêts économiques et pressions croissantes sur la question des droits humains.


