Au 35ᵉ jour de guerre au Moyen-Orient, la confrontation entre l’Iran, Israël et leurs alliés continue de s’intensifier, avec des répercussions directes sur l’une des routes énergétiques les plus stratégiques de la planète : le détroit d’Ormuz. Alors que Washington et Tel-Aviv multiplient les frappes contre des infrastructures iraniennes, les Nations unies tentent d’éviter une paralysie durable de ce corridor maritime par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial.
Trump menace de nouvelles frappes sur les infrastructures iraniennes
Le président américain Donald Trump a encore durci le ton jeudi soir. Sur son réseau social Truth Social, il a menacé de nouvelles frappes contre des infrastructures civiles iraniennes.
« Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques », a-t-il averti, se félicitant de la destruction d’un pont stratégique reliant Karaj à Téhéran lors de frappes récentes menées par les États-Unis et Israël.
Dans un autre message publié vendredi, le président américain a affirmé que les États-Unis pourraient “facilement rouvrir le détroit d’Ormuz”, ajoutant que la reprise du trafic pétrolier représenterait selon lui « une véritable manne pour le monde ».
Ces déclarations interviennent alors que les marchés énergétiques restent extrêmement sensibles à toute menace pesant sur ce passage maritime clé reliant le golfe Persique à l’océan Indien.
L’Iran poursuit ses frappes de représailles
Du côté iranien, la riposte ne faiblit pas. Les Corps des Gardiens de la révolution islamique ont revendiqué dans la nuit de jeudi à vendredi le tir de missiles « longue portée » en direction d’Israël.
Selon les autorités iraniennes, plusieurs projectiles ont visé Tel Aviv ainsi que la station balnéaire d’Eilat, au sud du pays.
L’armée israélienne a confirmé de nouveaux tirs sans détailler précisément les zones touchées, mais des médias militaires évoquent des dégâts dans une gare de Tel-Aviv. Depuis le début du conflit fin février, Israël affirme avoir hospitalisé plus de 6 500 personnes blessées.
Parallèlement, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé que les frappes israéliennes auraient détruit près de 70 % des capacités de production d’acier de l’Iran, visant notamment deux grands complexes industriels : Khuzestan Steel Company et Mobarakeh Steel Company.
L’ONU tente d’éviter une paralysie du détroit d’Ormuz
Face aux risques d’escalade, une quarantaine de pays ont entamé des discussions sous l’égide du Royaume‑Uni pour sécuriser le trafic maritime dans le Golfe.
Au Conseil de sécurité des Nations unies, une proposition de résolution visant à garantir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz est actuellement à l’étude. Le texte, soutenu notamment par Bahreïn, qui préside actuellement le Conseil, prévoit un dispositif international de sécurisation du détroit ainsi que des voies maritimes du golfe Persique et du golfe d’Oman.
Initialement attendu vendredi, le vote pourrait toutefois être repoussé après que l’Iran a mis en garde contre toute « action provocatrice ».
Infrastructures énergétiques et routes maritimes sous pression
La guerre commence déjà à toucher directement les infrastructures énergétiques régionales. Au Koweït, une centrale électrique et une installation de dessalement ont été endommagées lors d’une attaque attribuée à l’Iran.
Au Habshan, aux Émirats arabes unis, un complexe gazier a également été temporairement fermé après un incendie provoqué par la chute de débris d’un projectile intercepté.
Dans le même temps, Londres a déployé au Koweït le système anti-drones Rapid Sentry afin de protéger les infrastructures pétrolières et gazières stratégiques de la région.
Ces développements confirment la vulnérabilité du système énergétique mondial face à l’extension du conflit.
Une artère énergétique cruciale pour le monde
Chaque jour, environ 20 millions de barils de pétrole, soit près de 20 % de l’approvisionnement mondial, transitent par le détroit d’Ormuz.
Le pétrole produit notamment en Arabie saoudite, en Irak, au Koweït, aux Émirats arabes unis et au Qatar emprunte cette route stratégique.
Même lorsque le passage reste techniquement ouvert, la multiplication des attaques, la hausse des primes d’assurance maritime et la réduction du trafic peuvent provoquer des tensions immédiates sur les prix du pétrole et du carburantdans de nombreuses régions du monde, y compris en Afrique.
Quels impacts pour l’Afrique ?
Pour les économies africaines fortement dépendantes des importations de carburant, une perturbation durable du trafic à Ormuz pourrait se traduire par une hausse rapide des coûts énergétiques.
Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où les prix à la pompe sont administrés mais sensibles aux variations du Brent, toute hausse prolongée du prix du baril pourrait peser sur les budgets publics et sur le pouvoir d’achat des ménages.
Dans ce contexte, la sécurisation du détroit d’Ormuz devient non seulement un enjeu stratégique mondial, mais également une question économique majeure pour les économies africaines, déjà exposées à la volatilité des marchés énergétiques internationaux.


