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lundi, avril 13, 2026

ENERGIE — Kérosène : la guerre au Moyen-Orient menace de faire grimper les prix des billets d’avion en Afrique

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

La guerre au Moyen-Orient continue d’avoir des répercussions bien au-delà de la région. Après le pétrole et le transport maritime, c’est désormais l’aviation mondiale qui subit les effets de la hausse du prix de l’énergie. En Afrique, où les compagnies aériennes sont particulièrement dépendantes du coût du carburant, l’augmentation du prix du kérosène pourrait rapidement se traduire par des billets d’avion plus chers.

L’onde de choc du conflit au Moyen-Orient se propage progressivement dans l’économie mondiale. La hausse des prix du pétrole, alimentée par les tensions dans le Golfe, renchérit directement le coût du kérosène, le carburant utilisé par l’aviation civile.

Pour l’Afrique, la situation est particulièrement sensible. Une grande partie du kérosène consommé sur le continent dépend des importations provenant du Moyen-Orient. Selon les estimations de l’agence S&P, près de 70 % du kérosène importé en Afrique transite habituellement par le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les flux énergétiques mondiaux.

Les perturbations dans cette zone compliquent aujourd’hui l’approvisionnement des négociants et renchérissent les coûts logistiques.

« Les raffineries saoudiennes ont joué un très grand rôle dans l’approvisionnement, surtout en Afrique australe », explique Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l’énergie. « On parle du Kenya, de la Tanzanie ou encore de l’Ouganda. Je discutais récemment avec un collègue au Kenya qui me disait que les prix étaient déjà en hausse sur place. »

Des marchés africains très exposés

La vulnérabilité du continent tient également à ses infrastructures énergétiques limitées. Dans plusieurs pays, les capacités de stockage restent faibles et les réserves stratégiques relativement limitées.

Dans certaines régions enclavées, notamment au Sahel, l’impact d’une hausse des prix internationaux peut être encore plus rapide.

« Il n’y a pas de stockage à long terme », souligne Verner Ayukegba. « Sans stockage, vous êtes très vite affectés par une hausse des prix. La plupart des pays disposent entre un et trois mois de réserves stratégiques. Si la situation dure encore quelques semaines, des pénuries pourraient apparaître. »

Des compagnies aériennes sous pression

Pour les compagnies aériennes africaines, cette hausse des prix représente un défi majeur. Le carburant constitue en effet l’un des principaux postes de dépenses du secteur.

Selon Abderahmane Berthé, secrétaire général de l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA), le carburant représente entre 40 % et 50 % des coûts d’exploitation des compagnies africaines, contre environ 25 à 30 % pour les transporteurs européens ou américains.

Cette dépendance rend les transporteurs du continent particulièrement vulnérables aux fluctuations du prix du pétrole.

Dans ce contexte, les compagnies pourraient être contraintes de répercuter une partie de cette hausse sur les passagers.

« Une augmentation du prix des billets d’avion est probable », estime Abderahmane Berthé. « Toute hausse peut aussi avoir un impact sur le trafic. Les compagnies pourraient réduire certaines fréquences, voire supprimer certaines routes. »

Un risque pour la connectivité du continent

Au-delà du prix des billets, l’équilibre même du transport aérien africain pourrait être affecté. Le continent souffre déjà d’une connectivité aérienne limitée et coûteuse.

Les routes les moins rentables, notamment les liaisons régionales à faible trafic, pourraient être les premières touchées si les coûts du carburant continuent d’augmenter.

Dans un marché encore fragile financièrement, la hausse du prix du kérosène pourrait ainsi accentuer les difficultés structurelles du transport aérien africain.

À mesure que les tensions géopolitiques continuent d’alimenter l’instabilité des marchés énergétiques mondiaux, le ciel africain pourrait lui aussi entrer dans une zone de turbulences.

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