Au 24ᵉ jour de la guerre au Moyen-Orient, les tensions militaires et géopolitiques commencent à produire leurs effets sur les marchés énergétiques mondiaux. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, met en garde contre une crise énergétique potentiellement plus grave que les chocs pétroliers des années 1970. Les attaques contre des infrastructures énergétiques et les menaces sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique du pétrole mondial, alimentent les craintes d’un choc global.
Une perte de production massive
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la guerre en cours a déjà entraîné une perte d’environ 11 millions de barils de pétrole par jour sur les marchés internationaux.
Pour Fatih Birol, cette situation dépasse déjà l’impact combiné des deux grandes crises pétrolières des années 1970.
« À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », a déclaré le directeur de l’AIE lors d’une intervention au National Press Club à Canberra.
À l’époque, chacune des crises pétrolières avait retiré environ cinq millions de barils par jour de l’offre mondiale.
Si les perturbations se prolongent, l’ensemble de l’économie mondiale pourrait être affecté.
« Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie », a averti Fatih Birol.
Le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes
La principale inquiétude concerne la sécurité du détroit d’Ormuz, passage maritime par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial.
L’Iran a menacé de fermer totalement ce corridor énergétique stratégique si ses infrastructures venaient à être davantage ciblées.
Cette menace intervient après un ultimatum lancé par le président américain Donald Trump demandant la réouverture complète du détroit sous 48 heures.
Dans le même temps, Washington affirme poursuivre une campagne militaire visant à affaiblir les installations iraniennes autour du détroit.
Une fermeture durable de cette route maritime provoquerait un choc immédiat sur les marchés pétroliers et gaziers mondiaux.
Les infrastructures énergétiques ciblées
Le conflit s’est déjà traduit par une multiplication d’attaques contre les installations énergétiques.
Selon l’AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques ont été gravement endommagées dans neuf pays de la région.
Les frappes ont notamment visé des sites stratégiques en Iran, dont l’installation nucléaire de Natanz, frappée samedi par les États-Unis et Israël.
Téhéran a riposté en ciblant plusieurs villes israéliennes, dont Dimona et Arad, faisant plus de 180 blessés selon les autorités sanitaires israéliennes.
Par ailleurs, la région de Riyad en Arabie saoudite a été visée par des missiles balistiques, tandis que plusieurs drones ont été interceptés au-dessus de la province orientale du royaume.
Les marchés déjà sous tension
Les marchés pétroliers réagissent déjà à cette montée des tensions.
Le baril de WTI, référence américaine, a franchi la barre des 100 dollars, tandis que le Brent de la mer du Nord a dépassé les 113 dollars.
Les marchés financiers asiatiques ont également été affectés. La Bourse de Hong Kong a chuté de plus de 3 %, reflet des inquiétudes des investisseurs face à un choc énergétique susceptible de ralentir l’économie mondiale.
Une guerre qui pourrait durer
Sur le plan militaire, les responsables israéliens préviennent que le conflit pourrait se prolonger plusieurs semaines.
L’armée israélienne affirme mener une « large vague d’attaques » contre des infrastructures en Iran, notamment à Téhéran.
Dans le même temps, les tensions s’étendent à l’ensemble de la région : Liban, Irak, Golfe persique et mer Rouge.
Pour les marchés de l’énergie, la durée du conflit sera déterminante. Plus la guerre se prolonge, plus le risque d’une crise énergétique globale s’accentue.
L’Afrique face aux effets indirects
Pour les économies africaines, très dépendantes des importations de produits pétroliers raffinés, une flambée durable des prix pourrait avoir des conséquences immédiates : inflation, tensions sur les budgets publics et hausse du coût des transports.
Plusieurs pays du continent ont déjà commencé à surveiller l’évolution de la situation, conscients que les chocs énergétiques mondiaux se répercutent rapidement sur leurs économies.
La guerre au Moyen-Orient rappelle ainsi une réalité stratégique : la sécurité énergétique mondiale reste fortement dépendante de quelques corridors maritimes et de la stabilité géopolitique du Golfe.


