À Madagascar, la guerre au Moyen-Orient commence à produire des effets très concrets. À Antananarivo, la capitale, la chasse au carburant paralyse depuis plusieurs jours une partie de la circulation. En cause : le retard du navire pétrolier Advantage Passion, immobilisé plusieurs jours dans la région du Golfe à cause des tensions géopolitiques. Si les autorités évoquent des stocks stratégiques pour stabiliser la situation, l’épisode met en lumière la vulnérabilité énergétique du pays.
En fin d’après-midi à Analakely, quartier central d’Antananarivo, la scène se répète depuis plusieurs jours : des files interminables de taxis, de motos et de voitures serpentent devant les stations-service. Les moteurs sont coupés pour économiser les derniers litres disponibles.
Certains chauffeurs attendent plusieurs heures dans l’espoir d’obtenir quelques litres de carburant. Pour les taxis-motos, qui vivent au jour le jour, la situation devient critique.
« Il y a beaucoup d’impact pour notre travail. On n’a pas d’essence pour rejoindre les clients plus loin, c’est devenu très dur pour nous », explique l’un d’eux, immobilisé depuis le début de l’après-midi.
Un navire bloqué par les tensions au Moyen-Orient
À l’origine de cette tension : le retard du navire pétrolier Advantage Passion. Le tanker est resté immobilisé pendant cinq jours au port d’Oman en raison des perturbations liées au conflit en cours au Moyen-Orient et aux risques sécuritaires dans la région.
Ce contretemps logistique suffit à désorganiser l’approvisionnement du pays. Madagascar dépend entièrement des importations pour ses produits pétroliers raffinés. L’ensemble de l’essence, du diesel et du kérosène consommés dans le pays arrive par voie maritime.
Dans un marché aussi dépendant des flux internationaux, le moindre retard de livraison peut rapidement créer des ruptures temporaires dans la chaîne d’approvisionnement.
Des stations sous pression
Dans les stations-service de la capitale, la tension est palpable. Les pompistes enchaînent les heures supplémentaires pour gérer l’afflux de clients inquiets.
Tokine, employé dans une station d’Analakely, raconte des journées devenues épuisantes.
« J’ai commencé à 5 heures du matin et je finis à 21 heures sans même avoir de repos. Il y a de plus en plus de monde, et on ne comprend pas toujours pourquoi la situation est devenue aussi compliquée », explique-t-il.
Les autorités ont également dû mettre en place des mesures de rationnement informel dans certaines stations afin d’éviter l’épuisement rapide des stocks.
Une dépendance énergétique totale
Madagascar importe 100 % de ses produits pétroliers raffinés. La consommation nationale approche désormais le million de mètres cubes par an, un volume en constante augmentation avec la croissance urbaine et l’extension du parc automobile.
Cette dépendance rend le pays particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs : tensions géopolitiques, perturbations maritimes ou fluctuations des marchés internationaux.
L’Office malgache des hydrocarbures (OMH) assure toutefois que la situation devrait progressivement se normaliser grâce aux stocks stratégiques disponibles et à l’arrivée prochaine du tanker retardé.
Une alerte pour la sécurité énergétique
Au-delà de la pénurie ponctuelle, cet épisode agit comme un révélateur. Il souligne la fragilité structurelle de l’approvisionnement énergétique de Madagascar, dépendant d’une chaîne logistique internationale longue et sensible aux crises géopolitiques.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions au Moyen-Orient et les risques sur les routes pétrolières, plusieurs experts estiment que le pays devra accélérer ses réflexions sur la diversification énergétique, le stockage stratégique et le développement d’alternatives locales.
Pour l’heure, à Antananarivo, l’urgence reste plus immédiate : trouver de l’essence pour reprendre la route.


