Au Sénégal, la recomposition du paysage politique s’accélère au sommet de l’État. Une semaine après la démonstration de force du président Bassirou Diomaye Faye autour de sa coalition « Diomaye Président », le Premier ministre Ousmane Sonko a, à son tour, enclenché une séquence stratégique visant à consolider son socle politique et préparer les prochaines échéances électorales.
Le week-end écoulé a marqué une étape importante dans cette dynamique. Ousmane Sonko a d’abord réuni, à huis clos, les membres de sa coalition alliée, l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique (APTE), avant de présider un conseil national de son parti, le Pastef. Deux temps forts qui traduisent une volonté claire : occuper le terrain politique, structurer les réseaux locaux et renforcer l’ancrage territorial en vue des élections locales de 2027.
Dans la foulée, le Premier ministre a officialisé la tenue du tout premier congrès du Pastef, prévu le 6 juin 2026. Une échéance hautement symbolique pour ce parti fondé en 2014, qui cherche désormais à franchir un cap organisationnel. L’objectif est double : institutionnaliser davantage la formation politique et relancer une dynamique militante à grande échelle.
Pour y parvenir, une campagne d’adhésion massive sera lancée dès le mois d’avril, avec la mise en place d’une commission dédiée à la distribution des cartes de membres. Le Pastef ambitionne d’atteindre le seuil d’un million d’adhérents, en ouvrant notamment ses rangs à des « sympathisants », sans obligation d’engagement militant strict. Une stratégie d’élargissement qui vise à capter au-delà du noyau dur du parti, y compris au sein de la diaspora.
Cette montée en puissance politique s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes au sein de l’exécutif. Depuis plusieurs mois, les divergences entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye se traduisent désormais par une structuration parallèle de leurs bases politiques respectives. Chacun consolide ses alliances, affine sa stratégie et prépare l’avenir.
Dans ce jeu d’équilibre, Ousmane Sonko a tenu à clarifier sa position : il n’envisage pas de quitter la primature. Une manière de s’inscrire dans la durée, tout en continuant à peser sur le rapport de forces interne.
Derrière cette séquence politique, une réalité s’impose : le pouvoir sénégalais entre dans une phase de compétition interne assumée, où les ambitions se dessinent déjà en toile de fond des échéances électorales à venir.


