Au Sénégal, les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko semblent entrer dans une phase de tension politique croissante. La première assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », organisée samedi 7 mars à Dakar, a relancé les interrogations sur l’avenir de leur alliance politique et sur l’équilibre du pouvoir au sommet de l’État.
Devant ses partisans, le chef de l’État a insisté sur le rôle déterminant de cette coalition dans sa victoire à l’élection présidentielle de 2024. Selon lui, c’est cette plateforme politique qui a permis de fédérer un large front de soutiens pour porter sa candidature au pouvoir. Dans cette perspective, il a appelé à renforcer et à élargir cette coalition afin de préparer « les prochaines échéances électorales », conformément à l’article 12 de la nouvelle charte adoptée par le mouvement.
Cette volonté d’organiser une base politique autonome autour du président est interprétée par plusieurs observateurs comme le signe d’une prise de distance progressive avec le Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko et dont Bassirou Diomaye Faye est pourtant issu.
Pour le politologue Moussa Diaw, professeur émérite à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, le message envoyé lors de cette réunion est clair : le président chercherait désormais à affirmer sa propre ligne politique. Selon lui, le chef de l’État a voulu montrer qu’il s’inscrivait dans une trajectoire distincte du projet porté par Ousmane Sonko, même si aucune rupture formelle n’a encore été actée.
Deux prises de position exprimées lors de cette rencontre illustrent, selon plusieurs analystes, l’émergence d’un fossé idéologique entre la présidence et une partie de la ligne politique du Pastef.
D’abord, le refus affiché par Bassirou Diomaye Faye de promouvoir une « justice des vainqueurs », en référence aux initiatives visant à engager des poursuites contre certains responsables de l’administration précédente. Ensuite, sa mise à distance d’un « souverainisme intégral », à un moment où le Sénégal, confronté à un niveau d’endettement élevé, reste dépendant de ses partenaires financiers et de ses institutions internationales.
Ces déclarations ont été perçues comme un infléchissement du discours politique initial porté par le camp de Ousmane Sonko, plus marqué par une rhétorique souverainiste et par la volonté d’engager une rupture forte avec l’ancien régime.
Pour Maurice Soudieck Dione, professeur agrégé de sciences politiques à l’université Gaston-Berger, ces évolutions ne signifient pas encore une séparation politique définitive. Selon lui, il s’agit plutôt de « glissements sémantiques » et d’ajustements stratégiques dans la définition du projet politique du nouveau pouvoir.
L’analyste estime que la relation entre les deux figures du pouvoir sénégalais reste marquée par une interdépendance politique forte. Sur le plan stratégique, la présidence pourrait encore chercher à maintenir des relais au sein du Pastef afin de préserver les équilibres internes de la majorité.
Bassirou Diomaye Faye a d’ailleurs tenu à rappeler qu’il demeure officiellement membre du Pastef. Pourtant, sur les réseaux sociaux et au sein de certaines bases militantes du parti, plusieurs partisans d’Ousmane Sonko considèrent déjà que le président a pris ses distances avec la ligne politique originelle du mouvement.
À un peu plus d’un an de l’alternance politique de 2024, l’évolution de cette relation entre le chef de l’État et son Premier ministre pourrait redessiner les équilibres du pouvoir au Sénégal et peser sur les prochaines échéances électorales.


