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dimanche, mars 15, 2026

Emplacements Soudan : Minni Arko Minnawi accuse les Émirats et appelle à un dialogue direct pour mettre fin à la guerre

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La guerre au Soudan entre bientôt dans sa troisième année. Un conflit qui a ravagé Khartoum, embrasé le Darfour et provoqué l’une des plus graves crises humanitaires du continent. De passage à Paris, Minni Arko Minnawi, gouverneur du Darfour et chef du Mouvement de libération du Soudan (faction Minnawi), livre une analyse sans détour de la situation. Son message est direct : la guerre ne prendra fin qu’à une condition majeure, l’arrêt des ingérences extérieures, au premier rang desquelles il place les Émirats arabes unis.

« Le facteur extérieur doit cesser »

Interrogé sur la fin possible des hostilités, Minnawi ne nourrit aucune illusion immédiate.

« J’aimerais qu’elle se termine aujourd’hui, mais cela ne peut pas se faire sans certaines mesures. »

Selon lui, deux dimensions alimentent le conflit :

Le facteur extérieur, qu’il attribue principalement aux Émirats arabes unis.
Le facteur interne, qu’il estime plus facile à résoudre si l’ingérence étrangère cesse.

Il accuse explicitement Abou Dhabi de gérer la guerre en soutenant les Forces de soutien rapide, dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.

Rejet du Quartet : « juge et partie »

Le gouverneur du Darfour rejette catégoriquement la participation des Émirats au Quartet diplomatique, aux côtés des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite.

« Comment peuvent-ils être à la fois juge et partie ? »

Pour Minnawi, un médiateur impliqué dans le conflit perd toute crédibilité.

Libye, Tchad, Éthiopie : une guerre régionalisée

Minnawi élargit ses accusations à plusieurs pays voisins.

Des responsables situés à Benghazi, dans l’est de la Libye, qu’il considère sous influence émirienne. Le Tchad, accusé d’être instrumentalisé. L’Éthiopie, d’où auraient été lancées certaines attaques.

Il évoque un projet de démantèlement du Soudan qui, selon lui, pourrait s’étendre au reste du continent si la communauté internationale ne réagit pas.

Ces accusations interviennent alors que le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a récemment appelé à cesser les ingérences extérieures au Soudan.

Le spectre de la partition

Alors que la guerre dure depuis avril 2023, la crainte d’une partition du pays refait surface.

Minnawi reconnaît que certains acteurs extérieurs chercheraient à conserver le Darfour et certaines régions du Kordofan si la prise de contrôle totale échoue. Mais il affirme que cette option est inacceptable pour la population soudanaise.

« L’ensemble du peuple soudanais est mobilisé pour rejeter ce projet. »

Dialogue bilatéral avec Abou Dhabi

Minnawi ne ferme pas la porte aux Émirats. Il appelle à un dialogue direct et officiel entre Khartoum et Abou Dhabi, dans un cadre strictement bilatéral.

Réconciliation diplomatique.
Normalisation des relations.
Coopération économique officielle.
Partage des ressources via le commerce et l’investissement.

Ce qu’il refuse catégoriquement : le soutien militaire aux milices et les crimes majeurs qu’il attribue aux Forces de soutien rapide.

Le rôle clé des États-Unis

Minnawi considère le rôle américain comme primordial. Il évoque les efforts de Masaad Boulos, conseiller américain pour l’Afrique, tout en restant prudent sur la nature des propositions de paix à venir.

« Je préfère ne pas traverser la rivière avant d’avoir atteint le pont. »

Il évite ainsi de se prononcer sur d’éventuels mécanismes de partage de richesses.

Les FSR, « fléau humain »

Son propos le plus dur vise les Forces de soutien rapide.

« Chaque ville qu’elles occupent devient une ville fantôme. »

Il les qualifie de milice, d’organisation terroriste et les accuse de massacres, de nettoyage ethnique et de crimes de guerre.

Selon lui, la priorité du gouvernement et de l’armée soudanaise est claire : reprendre et sécuriser les zones encore sous contrôle des FSR afin de protéger les civils.

Analyse 54 ÉTATS

Trois éléments structurent son discours.

L’internationalisation assumée du conflit. Le Soudan n’est plus une guerre interne mais un champ de rivalités régionales.

Le durcissement politique. La qualification des FSR comme organisation terroriste marque une rupture.

L’ouverture diplomatique conditionnelle. Le dialogue avec les Émirats est possible, mais hors de tout cadre multilatéral jugé biaisé.

La question centrale demeure : les puissances régionales accepteront-elles de se retirer d’un conflit où les enjeux sont stratégiques, miniers et géopolitiques ?

Pendant ce temps, le Soudan continue de payer le prix humain le plus lourd.

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