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dimanche, mars 15, 2026

39ᵉ sommet de l’Union africaine : ligne dure contre les coups d’État, priorité sécuritaire au Sahel

Addis-Abeba : fermeté institutionnelle affichée, pragmatisme sécuritaire assumé

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Innocent Muyanga Ziba
Innocent Muyanga Ziba
Journaliste anglophone - Malawi

Addis-Abeba.Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé dimanche sur une ligne politique assumée : fermeté doctrinale contre les changements anticonstitutionnels, mais maintien d’un dialogue opérationnel avec les régimes de transition, en particulier au Sahel. Une posture d’équilibre qui traduit les contradictions d’une organisation confrontée à une multiplication des crises sécuritaires et institutionnelles.

Ligne rouge constitutionnelle

« Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. » Le message, martelé par le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, vise à réaffirmer la norme fondatrice de l’organisation.

La déclaration intervient alors que plusieurs dirigeants issus de putschs ou de transitions militaires ont pris part au sommet, notamment le général guinéen Mamadi Doumbouya et le général gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema.

L’Union africaine maintient donc sa doctrine sans aller jusqu’à la rupture diplomatique. Une stratégie de pression graduelle plutôt qu’un isolement frontal.

Sahel : pragmatisme sécuritaire

Sur le dossier sahélien, l’organisation privilégie une approche opérationnelle. Les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Niger, Burkina Faso – restent suspendus de certaines instances, mais le canal politique demeure ouvert.

Le nouveau président en exercice de l’UA, Évariste Ndayishimiye, déjà chargé du dossier sahélien depuis 2025, a insisté sur la nécessité de « solidarités régionales » face à la progression des groupes jihadistes, qualifiée par Mahmoud Ali Youssouf de « plus gros problème » du continent.

Une « plateforme commune » réunissant dix-huit pays sur les questions de sécurité devrait être annoncée dans les prochaines semaines. En parallèle, les chefs d’état-major de la CEDEAO se réuniront à Freetown pour préciser le rôle de la force régionale en attente. L’objectif est clair : éviter une fragmentation totale de l’architecture sécuritaire ouest-africaine.

« Faire taire les armes » : ambition et limites

L’UA réaffirme son engagement à « faire taire les armes », slogan institutionnel devenu leitmotiv diplomatique. Pourtant, le sommet n’a pas donné lieu à des annonces structurantes sur certains conflits majeurs.

Le Soudan, plongé dans une guerre prolongée, n’a pas été explicitement évoqué par la présidence tournante lors des conclusions officielles. Le département Paix et Sécurité a évoqué la nécessité d’un accès humanitaire constant et d’une coordination internationale renforcée, sans calendrier politique précis.

Cette prudence alimente les critiques récurrentes visant le Conseil de paix et de sécurité, accusé d’un déficit d’impact face à l’intensification des crises.

RDC : volonté de piloter la médiation

Sur la guerre à l’est de la République démocratique du Congo, Évariste Ndayishimiye a rappelé la nécessité d’appliquer les accords de Washington et plaidé pour une force d’interposition accompagnée d’un processus de désarmement et démobilisation.

Mahmoud Ali Youssouf a insisté sur un point stratégique : l’UA entend « piloter » la médiation, sans laisser le dossier aux seuls partenaires extérieurs. Huit accords auraient été signés en marge du sommet, selon le département Paix et Sécurité, sans publication détaillée à ce stade.

Offensive mémorielle et diplomatique

Les chefs d’État ont également reconnu la colonisation comme « crime contre l’humanité » et réaffirmé leur solidarité avec la cause palestinienne.

Dans un registre plus institutionnel, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé le dépôt, en mars 2026, d’une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies visant à qualifier la traite des esclaves africains de « plus grave crime contre l’humanité ».

Une équation politique délicate

Ce 39ᵉ sommet révèle une organisation prise entre trois impératifs :

  • défendre la légalité constitutionnelle ;

  • maintenir l’engagement sécuritaire face au terrorisme ;

  • préserver son rôle de médiateur central sur le continent.

La ligne officielle est claire. Sa mise en œuvre, dans un contexte de transitions prolongées et de conflits persistants, déterminera la crédibilité réelle de l’Union africaine au cours des prochains mois.

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