Jeffrey Epstein apparaît à nouveau dans les documents judiciaires américains. Cette fois, il ne s’agit pas de son réseau ou de ses relations politiques, mais d’une tentative d’intervention sur des avoirs souverains libyens gelés aux États-Unis après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Les derniers éléments publiés par le Département américain de la Justice mentionnent la Libye à 955 reprises. Ils mettent en lumière un projet structuré visant à débloquer des milliards de dollars d’actifs gelés, avec, à la clé, une commission estimée entre 5 et 10 %.
Des échanges dès juillet 2011
Les documents révèlent un échange de courriels entre Epstein et Gregory Brown, présenté comme un partenaire. Le premier message date du 15 juillet 2011, soit quelques semaines avant la chute officielle du régime libyen.
Dans ces échanges, Brown évoque un montant de 80 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger, dont 32,4 milliards localisés aux États-Unis. Il avance même que les actifs souverains réels pourraient être quatre fois supérieurs.
L’objectif : intervenir dans le processus de restitution des fonds au nouveau pouvoir libyen, officiellement au nom de la reconstruction, tout en percevant une commission substantielle.
Argumentaire stratégique et réseaux mobilisés
Selon les courriels cités, Gregory Brown indique avoir déjà contacté un cabinet d’avocats afin de structurer la récupération des fonds. Il mentionne également disposer de relais dans les services de renseignement israéliens et britanniques, susceptibles, selon lui, d’« aider à récupérer cet argent ».
Epstein reconnaît dans ses réponses que les autorités libyennes post-Kadhafi disposent d’une légitimité pour réclamer ces fonds, mais souligne la forte concurrence et les convoitises internationales autour de ces avoirs.
Les échanges montrent une volonté de positionnement rapide sur un dossier sensible mêlant finances souveraines, transition politique et enjeux géopolitiques.
Un contexte explosif
Après 2011, une partie significative des actifs de la Libyan Investment Authority et d’autres entités publiques libyennes avait été gelée dans le cadre des sanctions internationales.
Ces fonds représentaient un levier majeur pour la reconstruction du pays. Ils ont également constitué une zone d’influence stratégique pour de nombreux cabinets juridiques, intermédiaires financiers et acteurs politiques cherchant à se positionner dans la Libye post-révolution.
Une tentative restée sans suite
Aucun élément des documents publiés ne démontre que le plan évoqué par Epstein et Brown ait abouti. Il apparaît au contraire que la tentative n’a pas été couronnée de succès.
Ces révélations illustrent néanmoins l’intérêt que pouvaient susciter les actifs souverains libyens dans les cercles financiers internationaux, au moment où le pays traversait une transition institutionnelle fragile.

