31.9 C
Paris
mardi, août 11, 2026

Sud de la RDC : à Kolwezi, le centre-ville menacé par l’expansion minière

À lire ou à écouter

Exploitation minière, effondrement urbain et déplacements forcés : les habitants du centre-ville de Kolwezi dénoncent les conséquences directes des activités de la Compagnie minière de Musonoi, qui grignotent progressivement le cœur historique de la ville.

Le centre-ville de Kolwezi, poumon commercial et historique du sud de la République démocratique du Congo, est en train de se déliter sous la pression de l’exploitation minière. Depuis près de dix ans, le quartier a perdu près de la moitié de sa superficie, au profit des activités de la Compagnie minière de Musonoi (Comus), une entreprise à capitaux chinois.

Derrière l’animation apparente des commerces, le décor est celui de la désolation : maisons fissurées, bâtiments effondrés, ruines à ciel ouvert. Béatrice Kalume, habitante du quartier, décrit une réalité brutale : des murs qui tombent en pleine nuit, des logements détruits, une ancienne université réduite à l’état de gravats. « Il ne reste plus que des ruines, et c’est devenu un dépotoir », témoigne-t-elle.

À quelques dizaines de mètres de la mine, William Kanik vit dans la crainte permanente. Sa maison jouxte une zone d’extraction. « La maison derrière moi s’est écroulée. Une famille y vivait encore. Aujourd’hui, ils sont réfugiés chez des voisins », raconte-t-il.

Un patrimoine urbain sacrifié

Pour Maître Donat Kambola, directeur de l’ONG Initiative pour la bonne gouvernance et les droits humains (IBGDH), la situation est alarmante. « Les immeubles du centre commercial s’effondrent. C’est une partie de l’histoire et de l’identité de Kolwezi qui disparaît. Les églises tombent, les bâtiments commerciaux aussi. L’avenir du centre-ville est très sombre », alerte-t-il.

Ce quartier, hérité de l’époque coloniale, constitue pourtant un marqueur urbain et social essentiel pour la ville. Sa disparition progressive pose la question du modèle de développement minier, de la cohabitation entre extraction industrielle et tissu urbain, et du respect des droits des populations locales.

Des autorités conscientes, mais sous pression

Au ministère provincial des Affaires foncières, les autorités reconnaissent la gravité de la situation. Le ministre affirme que toute délocalisation devra être précédée par la construction de nouveaux logements par l’entreprise minière. Sur le terrain, cependant, les habitants dénoncent des relogements insuffisants, tardifs ou inexistants, alors même que les effondrements se multiplient.

À Kolwezi, capitale mondiale du cobalt, la question n’est plus seulement économique. Elle est désormais urbaine, sociale et politique : jusqu’où l’exploitation minière peut-elle s’étendre sans effacer la ville elle-même ?

- Events -spot_img

Plus d'articles

- Evénements -spot_img

Dernières actualités