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lundi, février 16, 2026

Libye : la mort de Saïf al-Islam referme définitivement la parenthèse Kadhafi

Assassiné à Zintan, le dernier héritier du clan Kadhafi disparaît, refermant une hypothèse politique déjà fragilisée dans une Libye sous influences et sans consensus national.

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye assiste à un tournant aussi symbolique que politique. L’assassinat de son fils Saïf al-Islam Kadhafi, survenu le 2 février à Zintan, ne marque pas seulement la disparition d’un homme : il scelle la fin d’un possible retour du kadhafisme dans le jeu politique libyen.

Longtemps perçu comme le dernier héritier crédible de l’ancien régime, Saïf al-Islam occupait une place singulière dans l’équation libyenne. Sans exercer de pouvoir réel, il restait une figure de projection : pour certaines tribus, pour une frange de la population lassée du chaos post-2011, et pour son propre clan, il incarnait l’idée — plus que la réalité — d’un retour à l’ordre d’État.

Sa disparition laisse un vide que nul, aujourd’hui, n’est en mesure de combler.

La fin d’un mythe politique plus que d’un projet

Contrairement à une lecture simpliste, Saïf al-Islam ne représentait pas un projet politique structuré, encore moins un consensus national. Mais il incarnait un symbole : celui d’une Libye unifiée avant l’effondrement de l’État, avant la fragmentation territoriale, avant la captation du pouvoir par des milices, des autorités parallèles et des influences étrangères.

Sa mort met fin à cette ambiguïté. Aucun autre membre du clan Kadhafi ne dispose de son capital symbolique, ni de sa capacité à exister dans l’imaginaire politique libyen. Le “facteur Kadhafi” sort ainsi définitivement du champ des hypothèses crédibles.

Un assassinat qui rebat les cartes… au profit des acteurs en place

Sur le plan politique, l’élimination de Saïf al-Islam profite d’abord aux acteurs dominants actuels, à l’ouest comme à l’est du pays. Tous avaient en commun une même crainte : voir émerger une figure capable de contourner les structures politiques existantes et de s’adresser directement à une population désabusée.

Cette disparition s’inscrit sans doute dans une logique plus large d’élimination des figures susceptibles de troubler l’équilibre précaire du pouvoir. Un équilibre qui repose moins sur la légitimité que sur le rapport de force.

La réconciliation nationale, grande perdante

La première victime de cet assassinat est sans conteste la réconciliation nationale. Déjà à l’arrêt, le processus apparaît désormais encore plus illusoire. Depuis 2011, pas moins de sept envoyés spéciaux des Nations unies ont tenté — en vain — de créer les conditions d’un dialogue inclusif.

L’épisode de 2019 reste emblématique : l’offensive lancée par le maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli, avec l’aval tacite de partenaires internationaux, avait torpillé une tentative de conférence nationale et précipité la démission de l’envoyé onusien Ghassan Salamé.

Dans ce contexte, la disparition d’une figure perçue — même à tort — comme “rassemblante” réduit encore l’espace politique du compromis.

Une série noire d’assassinats politiques

Saïf al-Islam est la troisième personnalité de premier plan éliminée en quelques mois. Cette répétition inquiète les observateurs, qui y voient un glissement vers une normalisation de l’assassinat politique comme mode de régulation du champ du pouvoir.

Cette dynamique fragilise davantage un processus politique déjà sous perfusion, au moment même où les Nations unies tentaient de relancer un dialogue national avec une échéance évoquée pour la fin de l’année.

Un terrain plus ouvert aux ingérences étrangères

Enfin, la mort de Saïf al-Islam pourrait renforcer l’influence des acteurs régionaux et internationaux déjà très présents en Libye. Le fils de l’ancien dirigeant critiquait ouvertement ce qu’il considérait comme une mise sous tutelle du pays, pointant régulièrement l’influence des États-Unis et de la Turquie.

Son élimination supprime une voix dissonante, mais ne résout aucune des fractures structurelles du pays. Au contraire, elle accentue la fragmentation politique et éloigne un peu plus la perspective d’un État libyen souverain, stable et unifié.

En Libye, la page Kadhafi est désormais tournée. Reste à savoir si une nouvelle page peut réellement s’écrire — ou si le pays demeure prisonnier d’un présent sans horizon politique clair.

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