Le Parlement européen a voté, ce jeudi, une résolution sévère sur la situation des droits de l’homme en Tunisie, à la suite des récentes atteintes à la liberté d’expression et d’associations et aux syndicats.
« Profondément préoccupés par la dérive autoritaire du président Saïed et son instrumentalisation de la situation socio-économique désastreuse de la Tunisie pour renverser la transition démocratique historique du pays, les députés demandent la fin de la répression en cours à l’encontre la société civile dans le pays », lit-on dans la déclaration du Parlement.
Il y a quelques semaines seulement, les déclarations controversées du président Kaïs Saïed contre les migrants subsahariens, ont choqué. Son discours, jugé raciste, a provoqué une vague de violences physiques et morales contre, entre autres, les membres de la communauté des subsahariens se trouvant dans le pays.
S’exprimant la semaine dernière sur les ondes d’une radio locale, le porte-parole du Forum tunisien des droits économiques et sociales (FTDES), Romdhane Ben Amor, a partagé son indignation.
D’après lui, le président Saïed n’entend pas les doléances de la société civile. En tant que membres de la société civile, « Nous ne cherchons pas à arriver au pouvoir et nous ne cherchons pas à en faire partie », affirme-t-il, ajoutant que « Nous voulons juste que nos voix soient entendues dans notre pays ».
Au lendemain du coup du 25 juillet 2021, le président Saïed s’est accaparé tous les pouvoirs. Et depuis, de plus en plus de voix se sont élevées contre ses politiques et ses décisions, qualifiées par beaucoup d’unilatérales.
Ces dernières semaines, le pays a connu une importante vague d’arrestations de plusieurs personnalités, notamment des membres de l’opposition, des juges, des hommes d’affaires, des avocats et des activistes. Aucunes des voix dissidentes ne s’est retrouvée épargné et la liste des accusations contre elles va en se multipliant.
Pour le chef du mouvement islamiste d’Ennahda, parti d’opposition, Rached Ghannouchi, cette campagne d’arrestations vise à « détourner l’attention du peuple de ses vrais problèmes qui sont la dictature, l’absence des partis et la tentative de contrôler la presse ».
Le 25 juillet dernier, le président Saïed a achevé son emprise du pouvoir en faisant voter une nouvelle Constitution à la suite d’un référendum national. Celle-ci a été, initialement élaborée par une commission indépendante d’experts en droit constitutionnel. Or, la version finale signée par le président du pays n’a pas été celle de ladite commission.
Pour la classe politique de l’opposition et la société civile, cette version de la Constitution a été élaboré, par le président et à sa guise. Cette même opposition, qui se retrouve, aujourd’hui, la cible des services de sécurité, estime que les mesures d’exceptions du Chef de l’État ne sont autre que l’expression d’« un coup d’État contre la Constitution de 2014 et une consécration du pouvoir autocratique ».
D’autres formations politiques, soutiens du Président, voient cela comme étant une restauration du processus révolutionnaire initié depuis 2011.
Il faut savoir qu’aujourd’hui, la situation du pays ne va pas en s’améliorant. La situation économique est suffocante et l’inflation élevée qui a atteint 10,4% en février dernier rend celle-ci encore plus difficile. De plus, l’annonce du conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) de reporter l’approbation de l’Extension de la Facilité de Financement (EFF) de l’ordre de 1,9 milliards de dollars, en remet en couche. Et pour cause, les troubles sociaux qui ont et continuent de secouer le pays depuis plusieurs mois.
Cette extension de facilité de financement de 48 mois était supposée répondre aux besoins de financement extérieur élevés du pays. Et le contexte actuel rend difficile la mise en œuvre des politiques exigées par le FMI pour bénéficier du financement. Sans ce financement, les réserves de change qui représentent, à l’heure actuelle, 7 milliards de dollars américains, continueront de baisser. Elles ne couvrent que seulement 97 jours d’importations.


