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lundi, février 16, 2026

Soudan : après Dilling, le pouvoir active ses relais diplomatiques régionaux

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Innocent Muyanga Ziba
Innocent Muyanga Ziba
Journaliste anglophone - Malawi

Après les récents succès militaires enregistrés au Kordofan, les autorités soudanaises intensifient leurs initiatives diplomatiques régionales afin de consolider la position de l’armée face aux Forces de soutien rapide (FSR) et de contenir ce qu’elles dénoncent comme des ingérences étrangères croissantes.

Les responsables soudanais multiplient les déplacements dans la région pour renforcer l’ancrage politique et diplomatique de l’armée, engagée depuis plus de deux ans et demi dans un conflit ouvert avec les paramilitaires des FSR. Cette séquence intervient dans un contexte marqué par la fin du siège de Dilling et par des avancées militaires significatives au Kordofan, que Khartoum cherche désormais à traduire sur le plan diplomatique.

Lundi, Malik Agar, vice-président du Conseil souverain, s’est rendu à Juba, au Soudan du Sud. Le lendemain, le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et président du Conseil souverain, était à Doha, au Qatar. Mercredi, le Premier ministre Kamel Idris s’est déplacé à Djibouti, où il a été reçu par le président Ismaïl Guelleh. Ce ballet diplomatique vise clairement à repositionner le pouvoir soudanais comme l’unique autorité légitime du pays, dans un environnement régional de plus en plus impliqué dans le conflit.

Le déplacement de Kamel Idris à Djibouti s’inscrit dans une stratégie plus large de dénonciation du rôle des FSR, qualifié par Khartoum de « destructeur », non seulement pour le Soudan mais aussi pour l’équilibre sécuritaire régional. Selon le bureau du Premier ministre, les paramilitaires porteraient un véritable « projet de chaos », sapant les fondements de l’État et menaçant la stabilité des pays voisins. Dans ce contexte, les autorités cherchent à rallier leurs partenaires régionaux autour d’un discours centré sur la sécurité collective et la préservation des États.

À Doha, mardi 27 janvier, le général Abdel Fattah al-Burhan, accompagné de deux ministres et du chef du renseignement, a été accueilli officiellement. Il y a réaffirmé sa ligne dure sur le conflit, déclarant que « la rébellion est en passe de disparaître », en référence aux FSR. Les échanges avec les autorités qataries ont porté à la fois sur les enjeux sécuritaires immédiats et sur les perspectives économiques de l’après-guerre, un signal adressé aux partenaires internationaux quant à la volonté du pouvoir de préparer une reconstruction sous contrôle étatique.

De son côté, Malik Agar a dénoncé depuis Juba le soutien apporté aux FSR par certains pays voisins, sans les nommer. Ses discussions avec le président Salva Kiir et les responsables sécuritaires sud-soudanais sont intervenues au lendemain d’attaques menées par les FSR contre des positions de l’armée soudanaise dans l’État du Nil Bleu, illustrant la porosité des frontières et la dimension régionale croissante du conflit.

Cette offensive diplomatique traduit la volonté de Khartoum de capitaliser sur ses récents gains militaires pour reprendre l’initiative politique et isoler les FSR sur la scène régionale. Mais elle met aussi en lumière la complexité d’un conflit désormais imbriqué dans des dynamiques régionales, où sécurité, rivalités d’influence et calculs stratégiques rendent toute sortie de crise particulièrement incertaine.

Khartoum affirme que les attaquants sont partis de l’Éthiopie et du Soudan du Sud. Par ailleurs, Malik Agar a rencontré des responsables de l’Igad et de l’Union africaine à Juba et a conclu : « qu’il n’y aura pas de discussions de paix au Soudan tant que ce pays n’a pas réintégré l’Union africaine ».

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