La Libye a annoncé, samedi à Tripoli, la signature d’un accord pétrolier de plus de 20 milliards de dollars sur une durée de 25 ans avec le groupe français TotalEnergies et l’américain ConocoPhillips. L’annonce a été faite par le Premier ministre du gouvernement d’unité nationale, Abdelhamid Dbeibah, à l’ouverture du Sommet libyen de l’énergie et de l’économie.
Selon le chef du gouvernement, cet accord devrait générer plus de 370 milliards de dollars de recettes sur l’ensemble de la durée du contrat. Abdelhamid Dbeibah a précisé que le projet est entièrement financé en dehors du budget de l’État libyen, un élément central dans un contexte de fragilité des finances publiques et de forte attente sociale.
Le sommet, organisé à Tripoli, s’est tenu en présence de plusieurs hauts responsables internationaux, dont Massad Boulos, conseiller pour le Moyen-Orient du président américain Donald Trump, ainsi que des représentants de la Turquie et de l’Égypte. Massad Boulos a qualifié l’événement d’opportunité stratégique pour faire de la Libye un partenaire économique majeur des États-Unis, évoquant même une possible relance du pays comme acteur énergétique de premier plan à l’échelle mondiale.
Dans la continuité de ces annonces, Abdelhamid Dbeibah a indiqué que la Libye se préparait également à conclure un accord avec le géant américain Chevron, portant sur l’exploration et le développement de la production d’hydrocarbures. Un autre accord est en cours de discussion avec l’Égypte afin de renforcer les services et les capacités techniques du secteur énergétique libyen.
Ces initiatives interviennent dans un contexte politique toujours marqué par une profonde division du pouvoir. Deux exécutifs se disputent la légitimité : le gouvernement d’unité nationale basé à Tripoli, reconnu par les Nations unies, et une autorité rivale installée à Benghazi, sous le contrôle du maréchal Khalifa Haftar et de ses fils. Cette fragmentation institutionnelle continue de peser sur la stabilité du pays et sur la sécurisation des investissements étrangers.
Malgré cela, la National Oil Corporation affiche une volonté claire d’accélération. Son président, Masoud Suleman, a annoncé qu’un nouvel appel d’offres pour l’exploration pétrolière et gazière sera lancé dès le mois prochain. Le précédent appel d’offres, datant de 2007-2008, était principalement orienté vers le gaz naturel. Les autorités cherchent désormais à attirer de nouveau les grandes compagnies internationales, après des années d’instabilité politique et de perturbations récurrentes de la production.
La Libye produit actuellement environ 1,5 million de barils de pétrole par jour et dispose des plus importantes réserves prouvées d’Afrique, estimées à 48,4 milliards de barils. Toutefois, le secteur pétrolier reste confronté à de lourds défis, notamment en matière de sécurité, depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 à la suite d’une révolte soutenue par l’Otan.
L’accord signé avec TotalEnergies et ConocoPhillips marque néanmoins un signal fort envoyé aux marchés internationaux. Il illustre la volonté des autorités libyennes de repositionner le pays comme un acteur énergétique central, capable d’attirer des investissements de long terme malgré un environnement politique et sécuritaire encore fragile.

