La African Development Bank Group (BAD) et le Arab Coordination Group (ACG) ont franchi un cap stratégique en adoptant une Déclaration conjointe formalisant un partenariat structuré de long terme. Cet accord vise à accroître significativement le cofinancement, à mobiliser davantage de capitaux privés et à accélérer la transformation économique de l’Afrique, dans un contexte marqué par un déficit annuel de financement du développement estimé à 402 milliards de dollars.
Signée à l’issue d’une réunion de haut niveau organisée au siège de la Banque africaine de développement à Abidjan, cette Déclaration marque une rupture avec les approches fragmentées du passé. La BAD et les institutions membres de l’Arab Coordination Group — qui regroupe plusieurs fonds et banques de développement arabes — entendent désormais passer à une logique de co-investissement coordonné à grande échelle, fondée sur une préparation conjointe des projets, un alignement stratégique des priorités et une meilleure mutualisation des ressources financières et techniques.
L’enjeu est clair : répondre à l’ampleur des besoins africains en infrastructures, en énergie, en agriculture, en eau et en industrialisation, alors que les financements publics seuls ne suffisent plus. En combinant la capacité financière, l’expertise sectorielle et la présence terrain de la BAD avec les bilans solides et l’expérience de financement à long terme des institutions de l’ACG, le partenariat ambitionne de rendre les projets africains plus bancables et plus attractifs pour les investisseurs privés.
Au cœur de l’accord figure la volonté de structurer un pipeline commun de projets prioritaires, en amont, afin de réduire les risques, d’harmoniser les standards et d’accélérer les délais de mise en œuvre. Cette approche doit permettre de lever davantage de financements mixtes, associant ressources concessionnelles, financements souverains et capitaux privés, notamment dans le secteur de l’énergie, considéré comme un levier central de la transformation économique du continent.
La Déclaration conjointe prévoit également la mise en place de mécanismes institutionnels de suivi et de coordination, afin d’assurer une exécution effective du partenariat et de mesurer son impact réel sur le développement. Une attention particulière est portée aux pays à faible revenu et aux États fragiles, à travers le rôle du Fonds africain de développement, le guichet concessionnel de la BAD, qui restera un instrument clé pour garantir l’inclusivité de cette nouvelle dynamique de financement.
Au-delà des aspects financiers, ce partenariat s’inscrit dans une vision politique plus large, alignée sur les grandes priorités continentales, notamment l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les objectifs d’intégration économique portés par la Zone de libre-échange continentale africaine. Il traduit également un renforcement stratégique de la coopération arabo-africaine, fondée sur la complémentarité des approches et la recherche d’un impact mesurable sur le terrain.
Dans un contexte mondial marqué par la raréfaction des financements concessionnels et la montée des risques macroéconomiques, l’alliance entre la Banque africaine de développement et le Arab Coordination Group apparaît comme une tentative assumée de changer d’échelle. En misant sur une mobilisation plus efficace des capitaux et sur une coordination accrue entre institutions de développement, cet accord pourrait devenir un levier déterminant pour accélérer l’accès à l’énergie, soutenir l’industrialisation et renforcer la résilience économique de l’Afrique.
Pour le continent, le message est clair : la question n’est plus seulement de financer des projets, mais de structurer des partenariats capables de transformer durablement les économies africaines.

