7.3 C
Paris
lundi, février 16, 2026

À Brazzaville, la CEMAC face à ses fragilités économiques structurelles

Crise des réserves de change, dérapages budgétaires et pression du FMI : les chefs d’État d’Afrique centrale se réunissent à Brazzaville pour tenter d’éviter une nouvelle zone de turbulences monétaires.

À lire ou à écouter

Blandi Kourissa
Blandi Kourissahttp://www.54etats.com
Correspondant en République du Congo Spécialiste en énergie, économie et finance Journaliste expérimenté, reconnu pour sa capacité à analyser et à décrypter les enjeux énergétiques, économiques et financiers en Afrique centrale. Doté d’une expertise approfondie dans le suivi des grandes tendances du secteur énergétique, il éclaire les problématiques liées à la transition énergétique, au développement des infrastructures, et aux dynamiques économiques sous-régionales. Sa compréhension des rouages économiques et financiers lui permet de fournir des analyses claires et des perspectives stratégiques, à la croisée de l’actualité locale et des enjeux globaux.

Ce jeudi 22 janvier, Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale tient à Brazzaville un sommet extraordinaire sur fond de fortes tensions macroéconomiques. En toile de fond : une alerte formelle du Fonds monétaire international et une situation régionale qui se dégrade plus vite que les discours officiels.

Pour le président congolais Denis Sassou-Nguesso, qui entame sa présidence tournante de l’organisation, l’enjeu est lourd : éviter une nouvelle crise de confiance monétaire et financière dans une zone déjà fragilisée.

Réserves de change sous pression, marge de manœuvre réduite

Premier signal d’alarme : l’érosion rapide des réserves de change de la zone CEMAC. Elles couvrent à peine un peu plus de quatre mois d’importations, un seuil jugé critique par les institutions financières internationales. Cette contraction s’explique principalement par la baisse des recettes d’exportation, conséquence directe du recul des cours des matières premières, pilier des économies d’Afrique centrale.

À cela s’ajoute une dynamique budgétaire préoccupante. Plusieurs États affichent des déficits largement supérieurs aux normes communautaires. Gabon, Tchad et Guinée équatoriale sont régulièrement cités parmi les pays en situation de dépassement. Certains analystes parlent sans détour d’« indiscipline budgétaire ».

Les États font face à une double contrainte : des dépenses publiques en hausse et des échéances de dette de plus en plus lourdes à honorer en 2026, ce qui accroît la pression sur l’ensemble du système régional.

Pas de dévaluation du franc CFA… pour l’instant

La rumeur d’une dévaluation du franc CFA, relayée sur les réseaux sociaux ces derniers jours, a rapidement été démentie. Selon les autorités régionales, cette option n’est pas à l’ordre du jour.

Un document préparatoire du sommet, consulté par RFI, esquisse toutefois plusieurs pistes de redressement : alignement des lois de finances sur les engagements internationaux, poursuite ou relance des programmes avec le FMI, rapatriement des avoirs détenus hors de la zone CEMAC, et sécurisation renforcée du secteur bancaire.

Le Gabon affiche ses intentions, le FMI reste prudent

Dans ce contexte, le Gabon a annoncé, mercredi 21 janvier, la mise en œuvre prochaine d’un « programme économique de croissance » avec l’appui du FMI. Le nouveau ministre de l’Économie promet une harmonisation budgétaire conforme aux directives communautaires, un renforcement de la gouvernance et davantage de transparence.

Mais du côté du FMI, aucune confirmation officielle n’a été donnée quant à la conclusion d’un nouveau programme avec Libreville, signe d’une prudence persistante.

Une crise économique aux répercussions sociales

Ces annonces interviennent dans un climat régional déjà marqué par des tensions sociales croissantes. Derrière les équilibres macroéconomiques et les arbitrages budgétaires, la question centrale demeure : comment restaurer la crédibilité économique de la CEMAC sans accentuer la pression sur des populations déjà fragilisées ?

À Brazzaville, les chefs d’État sont attendus sur des décisions concrètes. Les demi-mesures ne suffiront plus.

- Events -spot_img

Plus d'articles

- Evénements -spot_img

Dernières actualités