Les électeurs béninois sont appelés aux urnes ce dimanche 11 janvier pour un double scrutin législatif et communal. Ce rendez-vous politique marque le début d’une année électorale cruciale, sur fond de réformes institutionnelles, de recomposition politique et d’interrogations sur la participation citoyenne.
À l’issue de deux semaines de campagne, achevées le vendredi 9 janvier, les Béninois devront élire les 109 députés de l’Assemblée nationale ainsi que leurs conseillers communaux. Ces législatives se tiennent trois ans après celles de janvier 2023, dans un contexte institutionnel profondément modifié.
Un nouveau cadre électoral
La récente révision constitutionnelle adoptée en novembre dernier a introduit plusieurs changements majeurs. Désormais, les députés sont élus pour un mandat de sept ans, contre cinq auparavant. Par ailleurs, 24 sièges sont réservés aux femmes, à raison d’un siège par circonscription électorale, afin de renforcer la représentation féminine au Parlement.
Ce double scrutin précède un troisième rendez-vous clé : l’élection présidentielle, programmée pour le 12 avril 2026, qui viendra clore cette séquence électorale.
Cinq partis en lice pour les législatives
Pour les élections législatives, cinq partis se disputent les sièges de l’Assemblée nationale. Trois formations soutiennent le pouvoir en place : l’Union progressiste le Renouveau (UPR), le Bloc républicain (BR) et Moele Bénin. Face à eux, deux partis d’opposition : Les Démocrates, principale force opposée au régime et dirigée par l’ancien président Thomas Boni Yayi, ainsi que les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), considérées comme une opposition modérée.
En revanche, les élections communales se déroulent sans Les Démocrates. Leurs listes de candidatures ont été rejetées par la Commission électorale nationale autonome (Céna), limitant la compétition locale à l’UPR, au BR et aux FCBE.
Une opposition absente de la présidentielle
Les Démocrates seront également absents de la présidentielle d’avril, après le retrait du parrainage d’un élu, condition indispensable à la validation de leur candidature. En conséquence, seuls deux duos brigueront la magistrature suprême.
La mouvance présidentielle sera représentée par l’actuel ministre de l’Économie, Romuald Wadagni, candidat à la présidence, avec Mariam Chabi Talata, actuelle vice-présidente, comme colistière. Du côté des FCBE, Paul Hounkpè fera équipe avec Judicaël Hounwanou.
Une campagne jugée peu mobilisatrice
Sur le terrain, la campagne électorale s’est déroulée sans incident majeur, mais dans une atmosphère jugée plutôt terne. Si affiches et actions de proximité ont rythmé les deux semaines de mobilisation, les grands rassemblements sont restés limités.
« La campagne se déroule sans grand enthousiasme par rapport à ce que nous avons connu par le passé », observe un spécialiste du Bénin, évoquant notamment le caractère peu inclusif de certaines élections. L’expert en gouvernance Joël Atayi Guedegbe abonde dans le même sens, parlant d’une ambiance « bon enfant mais sans grand éclat ».
Selon lui, le contexte des fêtes de fin d’année, marqué notamment par le festival Vodun Days, pourrait également peser sur l’intérêt des électeurs et, in fine, sur le taux de participation.
Le risque d’un Parlement monocolore
Au-delà de la mobilisation électorale, les observateurs s’interrogent sur la configuration future de l’Assemblée nationale. En cause : la règle électorale imposant à chaque parti d’obtenir au moins 20 % des suffrages dans chacune des 24 circonscriptions pour accéder au Parlement. Ce seuil est abaissé à 10 % pour les formations ayant conclu un accord parlementaire avant le scrutin.
Pour ces législatives, seuls Les Démocrates n’ont pas signé un tel accord, ravivant le spectre d’un Parlement dominé par la mouvance présidentielle, comme ce fut le cas en 2019.
Les résultats de ce double scrutin donneront ainsi le ton d’une année électorale cruciale pour l’avenir politique du Bénin.

