Après les pénuries aiguës de l’automne, l’approvisionnement en carburant au Mali montre des signes de reprise. Des convois sécurisés par l’armée, avec l’appui de l’Africa Corps, ont permis d’acheminer des citernes vers Bamako. Mais cette stabilisation reste précaire, inégalement répartie et largement insuffisante, tandis que les attaques du JNIM persistent.
Une amélioration relative à Bamako, insuffisante en régions
Dans la capitale, la situation n’a plus rien à voir avec les pénuries massives d’octobre et novembre. Les files d’attente se sont raccourcies et l’essence peut être trouvée avec patience, même si de nombreuses stations restent fermées. Plusieurs centaines de citernes sont arrivées fin décembre, et un nouveau convoi sous escorte a atteint Bamako le lundi 5 janvier 2026. Cette respiration logistique ne dissipe toutefois pas les inquiétudes des habitants, conscients de la fragilité des circuits d’approvisionnement.
En régions, le tableau est plus sombre. À Sikasso, des stations demeurent fermées et les files d’attente sont jugées « moyennes » ; l’essence est disponible de manière « correcte », mais le gasoil manque cruellement. À Mopti et Koutiala, la situation est critique : stations fermées, recours au marché noir, prix multipliés par quatre. À Mopti, l’électricité n’est fournie qu’environ sept heures par jour, après deux mois quasiment sans courant à l’automne. Le dernier convoi y remonte au 11 décembre.
Coupures d’électricité : la contrainte quotidienne
À Bamako, les coupures d’électricité se sont accentuées, avec seulement 4 à 6 heures de courant par jour dans de nombreux quartiers. Certains habitants relativisent — « on s’est habitués » — signe d’une adaptation contrainte plutôt que d’une amélioration structurelle. L’insuffisance de carburant pèse directement sur la production électrique, aggravant un cycle de pénuries déjà bien installé.
Sécurité des convois : progrès tactiques, menace persistante
Le défi reste d’abord sécuritaire. Les groupes jihadistes continuent de viser les convois de citernes, comme l’attaque du 3 janvier entre Soribougou et Kassaro, dans la région de Kayes. Le renforcement des escortes militaires a néanmoins réduit la fréquence et l’ampleur de ces attaques, permettant une reprise partielle des flux.
Parallèlement, les violences se multiplient contre des positions et des véhicules militaires — entre Fana et Konobougou (5 janvier), à Falani près de Bamako (4 janvier), à Alatouna dans la région de Ségou (2 janvier). Les sites miniers restent des cibles privilégiées : engins incendiés à Morila (Sikasso) le 3 janvier, enlèvements de travailleurs chinois et destructions à Kalana le 26 décembre.
Un équilibre instable
L’armée malienne communique peu sur ces incidents, évoquant surtout la libération d’un « otage » près de Nioro du Sahel et l’interpellation de deux suspects en possession d’explosifs près de Sikasso. Sur le terrain, la réalité est celle d’un équilibre instable : l’approvisionnement tient grâce à des corridors sécurisés, mais reste trop faible pour répondre aux besoins du pays. Tant que la sécurité des routes et la capacité logistique ne seront pas durablement garanties, la normalisation du carburant — et de l’électricité — demeurera hors de portée.

