Port-Louis, Maurice — Une enquête financière d’envergure internationale menée à Maurice vise une société locale soupçonnée d’avoir servi de véhicule de blanchiment pour des fonds liés à Nicolás Maduro, ancien président du Venezuela. Les autorités mauriciennes travaillent en coopération étroite avec les États-Unis dans ce dossier qui met au jour un circuit financier sophistiqué, impliquant au moins 3,5 millions d’euros déposés dans une banque mauricienne.
Un montage financier dans le viseur des autorités
La Financial Crimes Commission (FCC) de Maurice a identifié une management company incorporée localement comme pièce centrale du dispositif. Cette structure est soupçonnée d’avoir fait transiter des fonds d’origine illicite, en lien avec des détournements présumés de ressources publiques au Venezuela, notamment via PDVSA, la compagnie pétrolière d’État. Selon les éléments de l’enquête, la société aurait masqué l’origine des flux et facilité leur circulation à travers plusieurs juridictions, en exploitant des failles de conformité.
3,5 millions d’euros gelés
La FCC a obtenu de la Cour suprême mauricienne une ordonnance de saisie (attachment order), permettant de geler environ 3,5 millions d’euros déposés dans une banque locale. Cette mesure conservatoire bloque tout mouvement des fonds jusqu’à l’issue de l’enquête et d’éventuelles poursuites. Des sources judiciaires indiquent que les fonds étaient déjà sous surveillance avant que le dossier ne prenne une dimension internationale.
Licence suspendue pour manquements
Parallèlement, la Financial Services Commission (FSC) a suspendu la licence de la société de gestion en charge de la structure incriminée. Les autorités évoquent des manquements graves aux obligations de conformité, en particulier en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de connaissance du client (KYC).
Une telle suspension demeure rare et souligne des défaillances sérieuses dans l’application des standards réglementaires exigés du secteur financier.
Coopération internationale accrue
L’enquête s’inscrit dans un cadre de coopération renforcée avec les autorités américaines, engagées de longue date dans des procédures visant des réseaux liés au régime vénézuélien, pour corruption, blanchiment et autres infractions financières. Des consultations approfondies sont en cours et l’appui de spécialistes internationaux est envisagé pour accélérer l’instruction.
Implications et enjeux
Cette affaire met en lumière les risques inhérents à certaines structures offshore lorsqu’elles sont utilisées pour des transactions opaques. Elle pose une question centrale : comment des fonds potentiellement détournés au Venezuela ont-ils pu transiter par le centre financier mauricien sans déclencher plus tôt des alertes majeures ?
Pour Maurice, place financière internationale, l’enjeu est double : préserver l’intégrité de son cadre réglementaire et contribuer activement à la lutte mondiale contre les flux financiers illicites.
Les investigations se poursuivent. 54 ETATS suivra de près les développements de ce dossier, susceptible de révéler des réseaux de blanchiment et de corruption dépassant largement les frontières de l’île.



