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samedi, janvier 24, 2026

Madagascar : « l’heure n’est ni à la haine ni à la vengeance », déclare Andry Rajoelina

Trois mois après sa chute, l’ancien président malgache Andry Rajoelina rompt le silence et appelle à l’apaisement, alors que le pouvoir de transition évoque une possible poursuite judiciaire.

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Renversé à la mi-octobre, l’ancien président malgache est sorti de son silence à l’occasion du Nouvel An. Dans un message publié sur sa page Facebook, Andry Rajoelina affirme avoir volontairement choisi de s’effacer pour éviter une escalade de la violence, tout en appelant à l’apaisement et à l’unité nationale.

Le visuel accompagnant cette carte de vœux virtuelle se veut sans ambiguïté : vêtu de blanc, entouré de colombes et de branches d’olivier, l’ancien chef de l’État affiche une posture de paix et de retenue. Une mise en scène soigneusement calibrée, qui tranche avec la brutalité de la séquence politique traversée par la Grande Île ces derniers mois.

« Notre pays, Madagascar, traverse une tempête », écrit-il. Il évoque une période marquée par « l’inquiétude, l’incertitude et parfois la peur », et adresse un message direct à ceux qui se disent « fragilisés » ou « persécutés ». Le ton est empathique, presque pastoral, mais le propos est aussi politique : il s’agit de justifier son retrait du pouvoir sans reconnaître explicitement une défaite.

Andry Rajoelina explique ainsi son silence prolongé : « Face aux menaces, aux tensions et aux divisions que nous avons traversées, c’est en mon âme et conscience que j’ai fait le choix de m’écarter, plutôt que d’entraîner le peuple malagasy dans l’affrontement et le chaos. » En creux, il se présente comme un dirigeant responsable, ayant privilégié la stabilité à la confrontation.

L’ancien président rejette toute logique de revanche et appelle à la responsabilité collective. « L’heure n’est ni à la haine ni à la vengeance », affirme-t-il, dans un contexte où les fractures politiques et sociales restent profondes. Ce discours d’apaisement contraste toutefois avec les déclarations du nouveau pouvoir.

Depuis le 17 octobre, Madagascar est dirigé par le colonel Michael Randrianirina, investi « président de la Refondation » après le ralliement du Capsat au mouvement de contestation populaire. Dans un entretien accordé à France 24, ce dernier a clairement indiqué souhaiter que Andry Rajoelina, contraint à la fuite avec l’aide de la France selon les autorités de transition, soit jugé à Madagascar.

Ce décalage est central : là où Rajoelina prône la paix et le dépassement des rancœurs, les nouvelles autorités évoquent la justice et la reddition de comptes. Deux narratifs s’opposent désormais : celui d’un ancien président cherchant à préserver son image historique, et celui d’un régime de transition déterminé à asseoir sa légitimité par une rupture nette avec le passé.

À Madagascar, la page de la crise est loin d’être tournée. Le message de Nouvel An d’Andry Rajoelina marque un retour symbolique dans le débat public, mais il ne dissipe ni les interrogations sur son avenir judiciaire, ni les incertitudes sur la trajectoire politique du pays.

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