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mardi, mai 19, 2026

Professeur Jean-Pierre Favennec : le gaz, pilier incontournable de l’électricité en Afrique

Spécialiste de l’économie et de la géopolitique de l’énergie, le Professeur Jean‑Pierre Favennec analyse les enjeux du gaz-to-power, les limites des systèmes électriques africains et les choix stratégiques auxquels le continent est confronté.

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Alors que plusieurs pays africains disposent de ressources gazières significatives, l’accès à une électricité fiable demeure un défi structurel. À partir d’une interview du Professeur Jean-Pierre Favennec, 54 ÉTATS propose une analyse des conditions nécessaires pour transformer le gaz naturel en levier de souveraineté énergétique, d’industrialisation et de stabilité des réseaux électriques.

Une équation énergétique encore non résolue

Malgré une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée, l’Afrique reste confrontée à un déficit structurel d’électricité. Coupures récurrentes, réseaux fragiles, coûts de production élevés : l’énergie demeure l’un des principaux freins au développement économique. Pour le Professeur Jean-Pierre Favennec, cette situation n’est pas liée à un manque de ressources, mais à une incapacité persistante à structurer des systèmes énergétiques cohérents et pérennes.

Le continent dispose pourtant d’importantes réserves de gaz naturel, notamment en Afrique de l’Ouest. Mais ces ressources restent largement orientées vers l’exportation, sous forme de gaz brut ou de gaz naturel liquéfié, au détriment de la transformation locale.

Gaz-to-power : une réponse industrielle avant d’être environnementale

Dans l’analyse de Jean-Pierre Favennec, le gaz-to-power doit être compris comme un outil industriel. Il permet de produire une électricité plus stable et moins coûteuse que le fuel lourd, encore largement utilisé dans de nombreux pays africains. Il offre également une flexibilité indispensable pour accompagner l’intégration progressive des énergies renouvelables, par nature intermittentes.

Opposer gaz et transition énergétique relève, selon lui, d’un contresens. Dans des économies où l’accès à l’électricité n’est pas garanti, la priorité reste la sécurité d’approvisionnement. Le gaz constitue ainsi une énergie de transition réaliste, compatible avec une trajectoire de décarbonation progressive.

Le paradoxe africain de la valeur ajoutée

L’un des points clés soulevés par le Professeur Favennec est le paradoxe persistant des pays producteurs africains : exporter la ressource et importer la valeur. Cette logique se traduit par une dépendance aux marchés internationaux, une facture énergétique élevée et une perte d’opportunités industrielles.

Transformer localement le gaz en électricité permettrait non seulement de réduire les coûts, mais aussi de soutenir le développement industriel, de créer des emplois et de renforcer la souveraineté économique. À l’inverse, continuer à privilégier l’exportation brute enferme les économies dans un modèle extractif peu créateur de valeur.

Le véritable verrou : gouvernance et crédibilité

Contrairement à une idée répandue, Jean-Pierre Favennec souligne que les obstacles au développement des projets énergétiques ne sont ni techniques ni financiers. Les technologies sont maîtrisées, les capitaux existent. Le véritable frein réside dans la gouvernance : instabilité réglementaire, incertitude contractuelle, manque de visibilité à long terme.

Les projets énergétiques sont lourds, coûteux et conçus sur plusieurs décennies. Sans cadre juridique stable et sans crédibilité institutionnelle, aucun investisseur ne peut s’engager durablement. Pour l’expert, l’amélioration de la gouvernance énergétique est une condition préalable à toute stratégie gaz-to-power efficace.

L’énergie comme enjeu de souveraineté

Au-delà des considérations techniques, l’énergie est avant tout une question de souveraineté. La capacité d’un État à produire et à maîtriser son électricité conditionne son développement industriel, sa compétitivité et sa stabilité sociale.

Le message du Professeur Jean-Pierre Favennec est sans ambiguïté : l’Afrique dispose des ressources nécessaires pour répondre à ses besoins énergétiques. Ce qui manque encore, ce sont des choix politiques clairs, une vision de long terme et une approche régionale capable de dépasser les logiques strictement nationales.

 

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