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jeudi, octobre 15, 2026

Sénégal–France : Dakar suspend les extraditions et durcit le bras de fer judiciaire

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Le Sénégal a décidé de suspendre toute extradition vers la France tant que Paris ne répondra pas à ses propres demandes, invoquant le principe de réciprocité. Une décision annoncée jeudi 11 décembre par la ministre sénégalaise de la Justice, Yacine Fall, qui marque un net durcissement des relations judiciaires entre Dakar et Paris.

Officiellement, les autorités sénégalaises reprochent à la France de ne pas avoir donné suite à plusieurs demandes d’extradition visant des ressortissants sénégalais. Aucun nom n’a été cité, mais deux dossiers sensibles sont connus : ceux de Doro Gaye et de Madiambal Diagne, tous deux proches de l’ancien président Macky Sall et poursuivis au Sénégal dans des affaires distinctes d’infractions financières.

Le cas Madiambal Diagne au cœur des tensions

Patron de presse et figure médiatique influente, Madiambal Diagne a quitté le Sénégal fin septembre pour la France. Il est visé à Dakar par une enquête pour escroquerie portant sur des fonds publics. Le 25 novembre, la justice française a toutefois ajourné sa décision, estimant manquer d’éléments, tant sur la qualification précise des faits que sur les garanties d’un procès équitable.

Dans un communiqué publié vendredi 12 décembre, les avocats de Madiambal Diagne dénoncent un « chantage diplomatique », estimant que la suspension générale des extraditions vise directement leur client et cherche à faire pression sur Paris. Selon la défense, cette posture sénégalaise révèle surtout l’incapacité des autorités à fournir les garanties exigées par la justice française, en raison du caractère politique présumé des poursuites.

Un bras de fer juridique et politique

Un professeur de droit international interrogé souligne que la défense entend clairement exploiter ce tournant diplomatique pour renforcer son argumentaire devant les juridictions françaises. De son côté, Dakar maintient une ligne officielle : il ne s’agit ni de représailles ni d’un cas individuel, mais de l’application stricte du principe de réciprocité dans la coopération judiciaire.

La France, pour sa part, a formulé douze demandes d’extradition auprès du Sénégal, aujourd’hui gelées par cette décision. En toile de fond, ce dossier met en lumière la judiciarisation croissante des rapports franco-sénégalais et les tensions liées aux poursuites engagées contre plusieurs figures de l’ancien pouvoir à Dakar.

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