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samedi, janvier 24, 2026

Cédéao : Omar Touray déclare la région « en état d’urgence », sans mécanisme formel activé

Deux jours après la tentative de coup d’État au Bénin et dix jours après celui de Guinée-Bissau, la Cédéao alerte sur une crise sécuritaire et politique sans précédent, tout en reconnaissant qu’aucun cadre juridique communautaire ne prévoit un « état d'urgence ».

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

« Il est justifié de déclarer que notre communauté est en état d’urgence ».
Ce constat brutal vient d’Omar Touray, président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), mardi 9 décembre, devant le Conseil de médiation et de sécurité. Un message lancé dans un contexte explosif : tentative de putsch au Bénin le 7 décembre, coup d’État manqué en Guinée-Bissau dix jours plus tôt, instabilité chronique au Sahel et poussée jihadiste à travers la région.

Pourtant, derrière la formule choc, aucune procédure n’a été enclenchée.
« C’est juste une formule pour décrire la situation », confie un cadre de la Cédéao. Il rappelle que la notion d’“état d’urgence communautaire” n’existe pas dans les textes, et qu’aucun mécanisme spécifique n’a jamais été adopté ni actionné. Les seules mesures prévues restent les sanctions économiques ou la suspension d’un État membre en cas de rupture de l’ordre constitutionnel — des dispositifs déjà employés au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. Mais jamais sous le label d’un « état d’urgence ».

Un vieux projet de sécurité collective qui ressurgit ?

Pour Jean-François Akandji-Kombé, spécialiste des droits communautaires africains et professeur à la Sorbonne, ces mots n’ont rien d’anodin.
Il rappelle qu’un projet d’architecture de sécurité collective régionale, permettant à la Cédéao d’intervenir directement en cas de menace majeure, a longtemps circulé sans jamais aboutir.

« En évoquant l’état d’urgence, Omar Touray remet peut-être sur la table cette idée : donner à la Cédéao la capacité d’agir, y compris par des mesures de police ou d’intervention », analyse-t-il.
Un signal possible envoyé aux chefs d’État, qui se réuniront le 14 décembre à Abuja.

Un appel aux États à utiliser leurs propres mécanismes

Autre lecture : un encouragement adressé aux gouvernements nationaux.
Car si l’organisation régionale ne dispose pas d’un tel statut, chaque État peut se déclarer en état d’urgence ou d’exception selon sa constitution lorsque l’ordre public est menacé.

La déclaration de Touray pourrait ainsi être interprétée comme un message :
aux États de prendre leurs responsabilités face à la fragilisation de la sécurité intérieure.

Un sommet décisif à Abuja

Le sommet extraordinaire de dimanche 14 décembre devrait préciser la portée politique de cette déclaration, alors que la Cédéao traverse l’une des séquences les plus critiques de son histoire : coups d’État en série, retrait de certains pays du bloc, tensions géopolitiques, et recul démocratique.

La question désormais : la Cédéao passera-t-elle d’une alerte rhétorique à une refonte de son architecture sécuritaire ?
Abuja pourrait amorcer ce tournant.

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