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samedi, janvier 24, 2026

Sénégal : Bassirou Diomaye Faye réorganise la primature dans un contexte de tensions avec Ousmane Sonko

Un décret renforce l’appareil administratif du Premier ministre sans modifier l’équilibre constitutionnel du pouvoir exécutif.

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

Au Sénégal, la publication d’un décret réorganisant la primature alimente le débat politique. Renforcement des équipes du Premier ministre, nouvelles fonctions administratives, cellule dédiée aux Conseils des ministres : les ajustements sont significatifs. Mais pour plusieurs experts, le chef de l’État n’a pas concédé davantage de pouvoir à Ousmane Sonko, malgré un contexte marqué par un refroidissement entre les deux hommes.

Un décret attendu dans un climat politique tendu

Diffusé jeudi 4 décembre, le décret signé par Bassirou Diomaye Faye intervient alors que les relations entre le président et son Premier ministre traversent une zone de turbulence. Depuis plusieurs semaines, des divergences sont apparues, notamment sur l’orientation à donner à la coalition « Diomaye Président ».
Dans ce contexte, chaque geste, chaque décision administrative est scruté. Et ce texte, loin d’être anodin, a immédiatement provoqué une vague de réactions.

Renforcement des moyens administratifs du Premier ministre

Le décret procède à plusieurs ajustements majeurs dans l’organisation de la primature.
Il prévoit notamment :
– la création d’un poste de directeur de cabinet adjoint,
– la nomination d’un secrétaire d’État chargé des relations avec les institutions et porte-parole du gouvernement,
– la possibilité pour le Premier ministre de mobiliser davantage de conseillers techniques,
– la mise en place d’une cellule dédiée à la préparation du Conseil des ministres.

Autrement dit, le chef du gouvernement se voit doté d’un appareil administratif renforcé, susceptible d’améliorer la coordination et la performance gouvernementale.

Réactions contrastées : victoire politique ou simple ajustement technique ?

Dans la presse et sur les réseaux sociaux, beaucoup y ont vu un signe de consolidation du pouvoir d’Ousmane Sonko.
Pour plusieurs militants du Pastef, ce décret est une « victoire » dans le bras de fer politique latent entre les deux dirigeants.

Mais du côté de l’exécutif, cette lecture est nuancée.
Plusieurs sources universitaires interrogées rappellent qu’il ne s’agit que d’une réorganisation administrative, qui ne modifie en rien le périmètre légal de la primature.

Un geste d’ouverture, pas une concession de pouvoir

Selon un chercheur en sciences politiques, le décret constitue surtout un signal d’apaisement.
« C’est un pas pour décrisper la situation », estime-t-il, tout en soulignant que le président n’a cédé aucune de ses prérogatives constitutionnelles.
En d’autres termes, Bassirou Diomaye Faye accepte de renforcer l’efficacité de la primature, mais l’architecture institutionnelle du Sénégal reste inchangée : la responsabilité ultime de l’action gouvernementale demeure entre les mains du Président de la République.

Cette réorganisation marque une étape importante dans le fonctionnement du tandem exécutif sénégalais. Si elle renforce les capacités opérationnelles du Premier ministre, elle ne bouleverse pas l’équilibre institutionnel. Le geste, avant tout politique, vise à restaurer la cohésion au sommet de l’État. Reste à savoir si cet ajustement suffira à apaiser durablement les tensions et à garantir une gouvernance harmonieuse.

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