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samedi, janvier 24, 2026

Algérie : sept ans de prison pour le journaliste français Christophe Gleizes, la cour d’appel confirme

La justice algérienne a confirmé la condamnation du reporter indépendant pour « apologie du terrorisme », malgré les demandes de clémence et la pression diplomatique entre Paris et Alger.

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Massinissa Benlakehal
Massinissa Benlakehal
JRI - Correspondant zone Maghreb

La Cour d’appel de Tizi-Ouzou a confirmé, mercredi 3 décembre, la peine de sept ans de prison prononcée contre Christophe Gleizes. Le reporter français, arrêté en 2024 alors qu’il enquêtait en Kabylie, est accusé d’« apologie du terrorisme » et de liens supposés avec le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste en Algérie. Une décision qui provoque stupeur, indignation et tension diplomatique entre les deux pays.

Un verdict attendu mais redouté

Le couperet est tombé à Tizi-Ouzou : la cour d’appel a confirmé la condamnation de Christophe Gleizes à sept ans de prison ferme, comme en première instance en juin 2025. Dans la salle, la stupeur domine, les proches du journaliste s’effondrent. L’espoir d’un allègement de peine, largement nourri ces dernières semaines, s’évanouit brutalement.

Âgé de 36 ans, collaborateur régulier de So Foot et Society, le journaliste avait demandé « pardon » à la justice algérienne, reconnaissant « des erreurs professionnelles », notamment son entrée sur le territoire avec un visa touristique au lieu d’un visa presse. Une faute administrative, selon sa défense — rien qui justifie une telle condamnation.

Des contacts avec le MAK au cœur de l’accusation

Lors de son arrestation en mai 2024, Gleizes se trouvait en Kabylie pour un reportage sur la Jeunesse Sportive de Kabylie et sur les circonstances de la mort du joueur camerounais Albert Ebossé.

Le dossier se concentre surtout sur des contacts anciens entre Gleizes et des responsables du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé terroriste par Alger depuis 2021.

Ces échanges datent pourtant de 2021, dans le cadre d’un reportage réalisé à Paris. « Je n’étais pas au courant que le MAK avait été classé terroriste », a-t-il expliqué, la voix brisée, avant de demander « la clémence » du tribunal. Le parquet, lui, a réclamé 10 ans de prison, estimant que le journaliste était venu effectuer « un acte hostile » plutôt qu’un travail professionnel.

Une affaire hautement politique

Au-delà du procès, la condamnation intervient dans un contexte de rapprochement fragile entre Paris et Alger. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué sur France 2 que la libération de Gleizes constituait « un élément majeur » des discussions en cours.

« On regrette cette décision. (…) Il y a des discussions en cours », a déclaré le ministre, sous-entendant que l’affaire pourrait devenir un levier diplomatique entre les deux capitales.

Cette décision arrive quelques semaines après la libération de l’écrivain Boualem Sansal, qui avait nourri les espoirs d’un geste similaire pour Gleizes.

Indignation et mobilisation

À Paris, Reporters sans frontières (RSF) dénonce une « décision aberrante ». Thibaut Bruttin, directeur de RSF, a appelé Emmanuel Macron à « recevoir sans tarder les parents » du journaliste et encourage maires et clubs de Ligue 1 à afficher son visage pour accentuer la pression publique.

Le comité de soutien se dit « abasourdi » et promet une mobilisation accrue, jugeant qu’il s’agit d’une incompréhension totale du travail journalistique et d’une criminalisation injustifiée d’un reportage.

Avec la confirmation de cette condamnation, l’affaire Christophe Gleizes devient un test diplomatique entre la France et l’Algérie, ainsi qu’un signal préoccupant pour la liberté de la presse dans la région. Alors que sa famille et RSF redoublent d’efforts, Paris devra désormais peser chaque geste face à Alger pour obtenir la libération du journaliste.

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