Luanda accueille ce 24 novembre l’un des rendez-vous diplomatiques les plus attendus de l’année : près de 80 chefs d’État et de gouvernement africains et européens se réunissent pour la 7ᵉ édition du sommet Union africaine – Union européenne. Au cœur des discussions : la capacité des deux continents à redéfinir un partenariat qui peine encore à trouver son équilibre, malgré 25 ans de rencontres régulières.
Le thème choisi – « Promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme effectif » – dit tout de l’enjeu. Dans un monde traversé par les conflits, la fragmentation diplomatique et la compétition des puissances, Africains et Européens doivent clarifier ce qu’ils attendent réellement l’un de l’autre.
Sécurité, gouvernance, conflits : les dossiers brûlants
Deux sessions structurent le sommet. La première aborde sans détour les crises qui secouent les deux continents :
– guerre en Ukraine,
– guerre au Soudan,
– violences persistantes dans l’est de la RDC,
– instabilités au Sahel.
Les dirigeants évoqueront aussi les questions de gouvernance, alors que plusieurs pays africains ont connu des transitions politiques difficiles ces dernières années.
La seconde session est consacrée aux migrations, à la mobilité et aux attentes des citoyens, un dossier explosif où les positions divergent encore largement entre les capitales africaines et européennes.
Une relation à réinventer
Pour de nombreux experts présents à Luanda, le constat est clair : la relation Afrique-Europe ne fonctionne plus sur les schémas anciens.
« Il faut la revisiter », analyse Pascal Saint-Amans, professeur à l’Université de Lausanne. L’époque où les échanges économiques s’inscrivaient dans un prisme post-colonial touche à sa fin. La géopolitique mondiale a changé, poussant les deux continents vers une relation plus directe, moins paternaliste, plus réaliste.
Ce changement, l’Union européenne tente de l’incarner à travers le Global Gateway : un plan d’investissement de 300 milliards d’euros d’ici 2027, dont la moitié dédiée à l’Afrique. Le business forum organisé à Luanda devait en fixer les lignes maîtresses.
Mais même au sein des délégations européennes, certains avertissent : ne pas transformer ce partenariat en simple plateforme d’affaires. L’UE se revendique de valeurs – droits humains, gouvernance, libertés publiques. « Si nous les abandonnons, qui serons-nous ? » glisse un diplomate européen. L’allusion à la Chine et à la Russie est transparente.
L’humanitaire, une nouvelle équation
Autre évolution majeure : le rôle de l’Union européenne dans les crises humanitaires africaines. Dans certaines zones, notamment en RDC, l’UE est devenue le premier bailleur, conséquence de la chute de l’aide américaine.
Ce basculement oblige à repenser l’équilibre entre investissements économiques, aides d’urgence et coopérations politiques.
Un sommet décisif
Après Le Caire en 2000 et Abidjan en 2017, c’est la troisième fois en 25 ans que ce sommet se tient sur le continent africain. À Luanda, les deux organisations savent que leur avenir commun dépend de leur capacité à dépasser les discours pour poser les bases d’un partenariat enfin équilibré.
Un partenariat capable d’affronter les réalités du moment : instabilités régionales, pression migratoire, concurrence internationale… et une opinion publique, des deux côtés, de plus en plus exigeante.


