En ouverture de sa nouvelle tournée africaine, Emmanuel Macron a choisi l’île Maurice comme première étape stratégique. Entre réaffirmation des liens historiques, sécurité maritime dans l’océan Indien, dossier sensible de Tromelin et positionnement sur la transition politique à Madagascar, le président français veut prouver que Paris reste un acteur clé dans la région – au moment où il s’apprête à participer au G20 en Afrique du Sud.
Pour son premier jour de voyage officiel en Afrique, Emmanuel Macron a posé le pied, jeudi 20 novembre, à Port-Louis. L’île Maurice, qualifiée par l’Élysée de « voisin stratégique » en raison de sa proximité avec La Réunion, n’avait plus accueilli de visite officielle d’un président français depuis plus de trois décennies. Ce retour au plus haut niveau vise clairement à « redynamiser » une relation bilatérale restée discrète, sur fond de recomposition des influences dans l’océan Indien.
Aux côtés du Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam, le chef de l’État français a défendu l’idée d’un « engagement fort dans l’océan Indien » et d’une « vision commune des grands défis » du moment. Dans leur déclaration conjointe, les deux dirigeants ont insisté sur la profondeur des « liens historiques et amicaux » entre Paris et Port-Louis, tout en affichant leur volonté de les adapter aux priorités actuelles : jeunesse, climat, sécurité maritime, énergie et développement économique.
Les discussions ont porté sur plusieurs chantiers structurants : coopération universitaire, approvisionnement en énergie et en eau, mais aussi lutte contre les trafics dans une zone où transitent des flux commerciaux majeurs. Sur le plan sécuritaire, Maurice se positionne comme un partenaire central pour la France, qui dispose déjà d’une présence militaire importante dans la région via La Réunion et Mayotte.
Le dossier sensible de la souveraineté sur l’île de Tromelin, au sein des îles Éparses, a également été abordé. Navin Ramgoolam a parlé d’un échange « franc et ouvert », tandis qu’Emmanuel Macron a insisté sur le fait que ce désaccord « ne doit pas diviser » les deux pays. Un message destiné à maintenir le dialogue sur ce contentieux tout en évitant qu’il ne domine la relation.
Autre sujet majeur : la situation à Madagascar, en pleine transition politique. Pour la première fois, Emmanuel Macron a publiquement affirmé que « la France accompagnera la transition malgache avec une attitude d’ouverture », en mettant l’accent sur le soutien « en priorité aux Malgaches », notamment en matière de développement économique, de lutte contre la corruption et d’opportunités pour la jeunesse. Navin Ramgoolam a, de son côté, apporté son soutien à la démarche de la France, en s’alignant sur la position de l’Union européenne, de l’Union africaine et de la SADC pour une stabilisation rapide de la Grande Île.
La journée de ce vendredi 21 novembre reste dense. Emmanuel Macron doit d’abord embarquer à bord du Champlain, un bâtiment de la Marine française engagé dans des patrouilles conjointes avec les gardes-côtes mauriciens. Lutte contre la pêche illicite, surveillance des routes maritimes, trafics en tout genre : ces opérations illustrent la montée en puissance de la coopération régionale en matière de sécurité maritime dans l’océan Indien.
Le chef de l’État français inaugurera ensuite la nouvelle ambassade de France à Maurice, symbole concret d’une présence diplomatique que Paris souhaite plus visible et plus active. Cette séquence mauricienne refermée, Emmanuel Macron s’envolera vers l’Afrique du Sud pour la suite de sa tournée africaine, en marge du G20.
À Johannesburg, il est prévu qu’il s’entretienne avec son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa avant de participer à une cérémonie de commémoration en hommage aux Français engagés aux côtés des opposants à l’apartheid. Dans la soirée, le président français doit lancer un Conseil d’affaires franco–sud-africain, pensé comme un accélérateur de partenariats économiques sur le modèle de ce qui existe déjà avec le Nigeria.
La séquence sud-africaine sera suivie d’une visite au Gabon, où Emmanuel Macron entend « confirmer et approfondir » un partenariat décrit par l’Élysée comme « excellent, renouvelé et tourné vers le futur ». Ce déplacement marquera sa première visite d’État à Libreville depuis l’arrivée au pouvoir du général Brice Oligui Nguema.
Enfin, la tournée se clôturera à Luanda, en Angola, à l’occasion d’un sommet Union européenne–Union africaine. L’objectif sera d’évaluer les progrès réalisés depuis la précédente rencontre de 2022 à Bruxelles, tenue alors que la France présidait le Conseil de l’UE, et de fixer un nouveau cap sur les questions de développement, d’investissement et de sécurité collective.
Avec cette séquence mauricienne en ouverture, Emmanuel Macron envoie un signal clair : dans la bataille d’influence qui se joue dans l’océan Indien comme sur le continent, la France veut rester un partenaire visible, engagé et capable de proposer une offre politique et économique face à la concurrence croissante d’autres puissances.


