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lundi, avril 13, 2026

Afrique : une demande énergétique qui explose et une transition sous tension

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Priscilla Wolmer
Priscilla Wolmerhttp://www.54etats.com
FONDATRICE ET DIRECTRICE DU MÉDIA 54 ÉTATS

Alors que la consommation d’énergie sur le continent augmente à une vitesse inédite, les dernières données publiées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirment une réalité incontournable : l’Afrique ne pourra concilier croissance économique, décarbonation et sécurité énergétique qu’en s’appuyant simultanément sur les énergies renouvelables et sur le gaz naturel. Une équation complexe, mais incontournable.

La demande d’électricité devrait bondir de 4,1 % en 2025, un rythme supérieur à la capacité actuelle des réseaux et des infrastructures. Pour répondre à cette hausse, l’AIE estime que plus de 60 TWh de nouvelle production proviendront des énergies renouvelables entre 2023 et 2025, faisant passer leur part dans le mix électrique africain de 24 % en 2021 à près de 30 % en 2025. Une dynamique positive, mais insuffisante pour stabiliser des systèmes électriques sous tension permanente.

En parallèle, le gaz naturel continue de jouer un rôle déterminant. La production électrique issue du gaz devrait augmenter d’environ 30 TWh d’ici 2025, pour approcher les 400 TWh. Dans plusieurs pays, cette ressource s’impose déjà comme un pilier de la transition. En Afrique du Sud, par exemple, le gaz représente 41 % du mix électrique, selon le Département des ressources minérales — un indicateur clair de son importance dans les stratégies nationales de transition juste.

Sur le terrain des investissements, les lignes bougent rapidement. Selon le rapport World Energy Investment 2025, les investissements privés dans l’énergie propre en Afrique ont presque triplé en cinq ans, passant de 17 milliards USD en 2019 à près de 40 milliards USD en 2024. À l’inverse, les financements publics et ceux des institutions de développement ont reculé d’un tiers en une décennie, atteignant seulement 20 milliards USD en 2024. Le désengagement de certains bailleurs, notamment de plusieurs DFI chinoises, explique en grande partie cette contraction.

Cette recomposition des flux financiers intervient à un moment où le continent doit gérer une transition énergétique qui ne peut ignorer la réalité sociale. Décarboner, oui, mais sans compromettre l’accès, l’équité et la fiabilité. Le gaz s’impose ainsi comme un outil de stabilisation indispensable, capable de compléter les renouvelables intermittentes et de soutenir l’industrialisation locale.

L’Afrique se trouve devant une obligation : réussir une transition juste, qui allie efficacité, pragmatisme et inclusion. Cela passe par un usage stratégique du gaz naturel, l’accélération des renouvelables, et une gouvernance énergétique où les communautés locales bénéficient réellement des transformations en cours.

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