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jeudi, décembre 11, 2025

Guinée-Bissau : un retour à Bissau sous haute tension politique pour Umaro Sissoco Embaló

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

À une semaine d’un double scrutin décisif en Guinée-Bissau, le retour du président Umaro Sissoco Embaló à Bissau, ce lundi, est attendu comme un moment clé. Après plusieurs jours de tournée en région, meetings massifs et bains de foule, le chef de l’État rentre dans une capitale chauffée par une campagne électorale polarisée. Embaló, qui sollicite un second mandat, mise sur sa présence sur le terrain et sur un bilan qu’il présente comme solide, marqué notamment par de vastes travaux d’infrastructures.

Dans les rues de Bissau, les signes de son ancrage popularisé sont visibles : foulards rouges et blancs, slogans répétés, commerçantes du marché central vantant les « réalisations » du président sortant — routes rénovées, modernisation d’édifices publics, réhabilitation de l’aéroport. Le pouvoir met en avant une croissance avoisinant les 5% malgré la fragilité institutionnelle et trois tentatives présumées de coup d’État durant son premier mandat.

Mais la dynamique n’est pas unilatérale. Face à lui, un adversaire inattendu s’est imposé : Fernando Dias, candidat indépendant devenu le porte-voix d’une opposition recomposée grâce à l’appui du PAIGC. Exclu du scrutin par la Cour suprême, le parti historique a néanmoins pesé lourd dans la campagne en se rangeant derrière Dias, renforcé par une alliance stratégique avec Domingos Simões Pereira. Résultat : des foules massives dans les bastions du parti, surtout dans le sud.

Fernando Dias a durci son discours ces derniers jours. Il dénonce des enlèvements, des agressions, et l’expulsion de journalistes étrangers. Dans un pays où plus de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté — moins de trois dollars par jour — il promet de relancer l’agriculture, pilier vital de l’économie nationale.

La confrontation entre Embaló et Dias a aussi glissé sur le terrain identitaire, un sujet hautement inflammable dans un pays où les deux principaux candidats incarnent les communautés balante et peule. Dans ce climat tendu, les autres prétendants tentent d’exister. L’ex-président José Mário Vaz appelle l’armée à se tenir à distance de la compétition politique. Joao Bernardo Vieira, neveu de l’ancien chef d’État assassiné en 2009, plaide pour une commission de réconciliation nationale.

À Bissau, la tension est palpable. L’enjeu dépasse la simple compétition électorale : il s’agit d’un test pour la stabilité du pays, où chaque cycle politique est traversé par la crainte d’un dérapage sécuritaire. À mesure que le duel Embaló–Dias s’impose au centre du jeu, la capitale se prépare à une semaine sous haute surveillance, scrutée par toute la région.

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