Le procès en appel de l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État » doit théoriquement s’ouvrir ce 17 novembre en Tunisie, mais un nouveau report est à prévoir. Les 37 personnalités condamnées en avril dernier refusent catégoriquement de comparaître par visioconférence, une modalité imposée par la justice au nom de la sécurité. Ce mégaprocess, l’un des plus lourds de l’ère Kaïs Saïed, avait débouché sur des peines allant de 4 à 66 ans d’emprisonnement.
Au cœur de cette affaire explosive, l’opposant Jaouhar Ben M’Barek, condamné à 18 ans de prison. Entré en grève de la faim le 29 octobre, il a été hospitalisé à plusieurs reprises. Dans un message publié le 16 novembre, sa sœur Dalila Ben M’Barek a confirmé l’aggravation de son état de santé, citant une extrême faiblesse et une agression dénoncée dans sa cellule.
Selon son avocate, la nouvelle audience se tient dans un environnement marqué par une « répression systémique », un constat partagé par Human Rights Watch. L’ONG rappelle que plusieurs membres de l’opposition, avocats, journalistes et activistes sont poursuivis depuis 2023 sous l’accusation de complot, une infraction devenue fourre-tout pour neutraliser la contestation.
Alors que quatre autres détenus affirment s’être joints à la grève de la faim en solidarité avec Ben M’Barek, la direction des prisons dément toute mobilisation et assure que tous les prisonniers bénéficient d’un suivi médical. Cette version est soutenue par la ministre de la Justice, Leila Jaffel, qui a défendu, le 15 novembre devant le Parlement, l’administration pénitentiaire tout en rejetant en bloc les accusations de violences ou de mauvais traitements.
L’issue de l’audience du 17 novembre reste incertaine. Sans la présence physique des accusés, l’ouverture du procès apparaît improbable. Mais au-delà du calendrier judiciaire, c’est bien la dérive autoritaire du régime tunisien et l’état de santé alarmant de l’une des figures centrales de l’opposition qui concentrent toutes les inquiétudes.


