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jeudi, décembre 11, 2025

Mali : opposition en alerte face à la crise sécuritaire, le régime appelle à l’unité nationale

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Aïssatou Faye-Johnson
Aïssatou Faye-Johnson
Correspondante au Sénégal

La pénurie de carburant provoquée depuis plus de deux mois par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, et l’avancée des attaques jihadistes dans le sud du pays créent un climat de tension inédit. Alors que les autorités de Transition exigent un sursaut national derrière elles pour contrer ce qu’elles qualifient de « guerre orchestrée par des puissances étrangères », l’opposition, principalement en exil, appelle au réveil démocratique face à un pouvoir militaire qui refuse toute perspective électorale depuis plus de cinq ans.

Dans un message diffusé le 11 novembre, l’ancien ministre de la Justice, Mamadou Ismaïla Konaté, exhorte les Maliens à « ouvrir les yeux ». Selon lui, le régime « ne protège pas la nation, il la confisque ». Une critique qui rejoint celles, de plus en plus nombreuses, de figures civiles et politiques réduites au silence dans un pays où toute parole trop virulente vaut désormais répression. L’affaire la plus emblématique reste l’arrestation et la condamnation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara — un signal clair adressé à toute opposition interne.

Malgré le risque, certaines voix persistent. Me Mountaga Tall, figure historique du mouvement démocratique, avertit que « l’interminable résilience peut se transformer en résignation, puis en révolte ». Il appelle à un dialogue avec les groupes armés maliens, en rupture totale avec la stratégie uniquement militaire défendue par la Transition.

Côté gouvernement, le discours reste inébranlable : unité, vigilance, rejet de la panique. Le général Assimi Goïta martèle que la division serait une victoire pour les groupes jihadistes. Le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop nie tout « blocus », évoquant seulement des « perturbations » et accusant des acteurs étrangers d’alimenter la crise. Son collègue aux Affaires religieuses, Mahamadou Koné, va plus loin en assurant que « certains pays occidentaux » orchestreraient la situation.

Pour Oumar Berté, politologue malien, les citoyens se retrouvent piégés : pris entre la pression des groupes armés et la peur d’être assimilés à des « collabos » s’ils critiquent l’État. Dans ce climat, le patriotisme devient un instrument politique : soutenir le gouvernement serait l’unique preuve de loyauté nationale.

La Transition continue d’accuser des « puissances extérieures », au premier rang desquelles la France. Une rhétorique souverainiste qui, malgré l’absence de preuves, reste efficace, surtout alimentée par certains contenus médiatiques sensationnalistes circulant ces dernières semaines.

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